• Karin

Sacro Monte, bis

Pour tout dire, c'est un bis sur le blog mais un quater dans la vraie vie. Cet endroit a décidément quelque chose d’attirant et d’apaisant. Il doit dissuader les touristes de brailler. Même blindé d’influenceuses et de bipèdes rougeauds en short, le lieu reste zen, j'en suis sûre.



Comme Cunégonde ne connaissait pas l’ascension des 14 chapelles, nous l’avons entreprise en cette mi-août. Je ne reviendrai pas sur le sujet, largement développé dans le billet Sacro Monte lorsque nous nous y étions rendus en mars. Je suis cependant contente que ce petit plaisir puisse se déguster à chaque saison et différemment. Il semblerait aussi que les nuits ne soient pas tristes, ainsi que le montre cette magnifique photographie d'Alessandro Terranova.



De plus, je suis enchantée d’avoir réussi cette fois-ci à faire entrer dans le champ le principal intéressé d’une scène cruciale, à l'intérieur de cette incroyable dixième chapelle qui compte 50 sculptures.



Une fois dans le village de Santa Maria, mon objectif principal, en plus de boire un truc frais, est de visiter la Casa Museo Lodovico Pogliaghi. Heureusement, nous arrivons juste avant sa fermeture, à 13h le mercredi.

Travaillant à la restauration des chapelles du Sacro Monte, Lodovico reste ensorcelé par la tranquillité et la beauté des lieux. À partir de 1885, il décide d’acquérir des terrains sur lesquels il s’attèle à la construction de sa villa, travaux auxquels il se consacre avec entrain jusqu’à sa mort en 1950 à l'âge de 93 ans. Il a conçu l’habitation comme un atelier-musée dédié à l’étude et l’exposition des fruits de sa passion de collectionneur. L’édifice, planifié par lui-même, reflète le goût éclectique de l’époque et l’intérêt du propriétaire pour toutes formes d’art, avec des salles inspirées de divers styles architecturaux et un jardin à l’italienne parsemé d’antiquités et de curiosités.


En plusieurs décennies, Lodovico a recueilli dans sa villa une prestigieuse collection d’oeuvres d’art. Celle-ci comprend quelques précieux objets archéologiques, des peintures de la Renaissance et de l’époque baroque, des meubles historiques de valeur et des objets bizarres des quatre coins du monde. La bâtisse conserve également des esquisses et des travaux de Pogliaghi lui-même.

La chambre rouge tire son nom d'un damas du XVIIIe siècle qui la tapisse et au sommet duquel se trouve une frise décorative. Les précieux miroirs et les lustres en verre de Murano datent également du XVIIIe siècle. Un grand vase chinois de la fin des années Ming domine la pièce, soutenu par une structure réalisée par l'artiste. Sans aucune protection.😱


La Galerie d'or se présente comme une sorte de maquette à l'échelle 1:4 d'une importante commande que Pogliaghi a reçue de l'avant-dernier Shah d'Iran. Il s'agit d'un projet en plâtre, stuc doré et miroirs pour la salle de bain du palais, à réaliser en or pur sur place. Pour remercier Lodovico, le Shah lui a donné quelques pièces pour sa collection et probablement grâce à son intercession, l'artiste a pu acquérir les rares sarcophages égyptiens datés entre 900 et 700 avant J-C. Sur le moment, je retiens dans cette pièce l'étonnante ouverture en vitrail de pierre sur laquelle je n'ai pas trouvé d'informations.

À quelques pas, dans un environnement inspiré du Panthéon romain, Lodovico a réuni une grande partie de sa collection ancienne, comprenant des exemples d'art égyptien, étrusque et greco-romain. De nombreuses pièces sont modifiées, réassemblées et montées par notre ami dans des pastiches typiques du goût éclectique du XIXe siècle.


La galerie donne un accès direct au grand atelier de l'artiste, utilisé par Lodovico et ses assistants pour travailler sur ses impressionnantes commandes. La plus importante, celle qui devait l'absorber complètement durant 14 ans, domine cette salle heureusement haute de plafond: la copie grandeur nature de la porte centrale du Dôme de Milan. L'artiste a récupéré les carreaux de plâtre, après qu'ils aient subi le processus de fonte pour obtenir l'œuvre finale en bronze. Il les a assemblés, retravaillés et partiellement colorés pour obtenir une reproduction personnelle de l'œuvre. Comme sa soeur milanaise, la porte est dédiée à la Madone et présente les mystères douloureux de l'histoire de Marie sur l'aile gauche et les mystères joyeux sur l'aile droite.



Porte originale

J’ai été impressionnée par cette visite même si nous avons un peu manqué de temps. Une bonne excuse pour y revenir. Et puis, la dame de l’accueil a dit qu’elle allait fermer le portail… Contrairement à ce qui peut transparaître des photographies, les salles sont petites, hormis l’atelier, et l’espace à parcourir relativement restreint. Cependant, il est rempli d’objets qui, dans une volonté affirmée, ne comportent aucun panneau explicatif afin de conserver l’aspect maison-musée. Il faut dès lors se débrouiller avec un document en italien assez ardu, ou sa version en français/Google Translate brut de coffrage.

Nous redescendons par où nous sommes venues, croisant entre la huitième et la neuvième chapelle une horde de Néerlandais chevelus, poilus et torses nus qui me font reconsidérer les propos tenus en début de billet.


Afin de rallonger un brin l'excursion, nous poursuivons la route en voiture pour rejoindre les environs du Grand Hôtel Campo dei Fiori. En faisant quelques pas, on peut admirer le panorama depuis le Monte Tre Croci. Le funiculaire désaffecté disparait maintenant dans la végétation mais l’échappée sur le Sacro Monte est toujours aussi belle. À l'arrière de l'ancien hôtel quelque peu sinistre, des membres du Club Alpin rangent dans les annexes les stands de leur fête du 15 août. Nous engageons la conversation avec l'un d'entre eux, peut-être qu'à force de quelques allusions bien placées, il nous fera entrer dans le bâtiment. Las, ça n'a pas fonctionné. Nous ne sommes sûrement pas tombées sur le bon car c'est lui qui nous a assuré que la "Scala nel cielo", sentier accroché à la falaise, avait été restauré.

...

Cet endroit, hors du temps, vous est présenté en long, en large et en travers dans le billet Campo dei Fiori.

Qu'est-ce que je cause!

Pour l'heure, c'est fini.



Sources: les documents du musée en Deepl/Karin Translate



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