• Karin

Alpone di Curiglia

La route qui mène à Curiglia est toujours aussi étroite et le village n'a pas été sauvé par les touristes allemands depuis mon billet de mai. Nous arpentons quelques ruelles désertes et dépassons des maisons branlantes pour trouver le chemin asphalté qui va nous mener à Sarona.



Dans cette forêt également semée de hêtres, nous suivons le sentier des châtaigniers qui se veut didactique avec quelques panneaux très lacunaires plantés ça et là. Mais je cesse mes critiques car pour une fois en Italie, le parcours pédestre est clair et correctement fléché. Nous verrons quelques terrassements de pierres sèches et dépasserons trois chapelles avant d'arriver dans le hameau de Sarona où rien ne bouge.


Dans cet ancien hameau alpin de transhumance, quelques maisonnettes refaites font concurrence de géraniums et en bordent d'autres, en ruines et à vendre. La seule voiture garée sur les lieux a des plaques allemandes. Ah, ça avance.



Dans les hauts du village, nous prenons un sentier qui serpente en grimpant sec parmi les fougères et les bouleaux. La vue sur le lac Majeur et sur le versant nord-ouest du Lema commence à se préciser.



Un peu au bout de notre vie après ces quelques centaines de mètres de dénivelé, nous rejoignons la petite route qui relie entre eux ces hameaux oubliés et s'arrête ici, à Alpone. La forêt laisse la place à une prairie en pente et un amphithéâtre surprenant, avec un panorama allant du Lema au Lac Majeur, et du Val Veddasca au Tamaro. Les maisonnettes aux pierres rouilles et grises s'étendent sur une crête et à notre arrivée, nous n'aviserons qu'un chien poilu très sympa et une chèvre noire, tous deux munis d'une clochette. Un petit détour dans les hauts du hameau nous permet d'aller voir la Madonna della Guardia.



À la hauteur de l'église, nous rencontrons la propriétaire du chien et de la chèvre qui revient de sa cueillette de champignons. Elle va également nous ouvrir le petit agriturismo, où nous pourrons boire un verre sous le drapeau italien en appréciant le paysage et le calme. La dame n'est pas follement sympathique mais va se dérider un peu lorsque je lui demanderai si, comme le signale le panneau, elle vend du fromage. Ah ben non, cette année avec sa seule chèvre, elle n'a rien pu faire. Plus personne n'habite ici mais en été, cela se remplit un peu car beaucoup de gens à Curiglia y possèdent leur petite baïta (cabane). Ce qui veut dire que Curiglia se vide encore??? En août, une traditionnelle fête de l'alpage réunit son lot de fidèles mais en hiver, par contre, plus personne ne monte.



Ici aussi, les ruines côtoient les jardinets fleuris, les terrasses encombrées, les installations diverses et les Sainte-Vierge. Les maisonnettes n'ont pas pour nom "Home Sweet Home" ou "Mon rêve", mais "Ultime paradis".



Le paradis ultime. On le croirait volontiers alors qu'on grignote notre pique-nique seuls au monde en face du Tamaro.

Avant d'entamer notre descente dans une nouvelle forêt de bouleaux.

Le Lema s'éloigne peu à peu, le sentier est parfois dévasté par les sangliers ou les dernières précipitations mais reste bien indiqué. Nous arrivons au lieu dit "Ca' del Sasso" (maisons de pierres) où quelques ruines émergent parmi les fougères. Des travaux ont été entrepris sur certaines de ces bâtisses, avec des briques, donc on ne peut que se féliciter que le projet ait échoué. D'autres chantiers paraissent plus avancés et seront peut-être terminés un jour. Il faut dire que pour arriver jusqu'ici et y amener des matériaux, à part l'hélicoptère et le chemin muletier, je ne vois pas.


La mulattiera, parlons-en. Sur presque 400 mètres de dénivelé entre Ca' del Sasso et Curiglia, nous allons pouvoir en apprécier son tracé qui nous fera encore traverser quelques terrassements et constructions en ruines et rejoindre le sentier des châtaigniers.


La vue s'ouvre soudain sur Curiglia, qui est décidément plus joli vu d'en haut. Assis sur la terrasse chez Marisa, seul établissement public ouvert, on a plutôt l'impression de se trouver au centre d'un village bombardé. En traversant une nouvelle fois les ruelles bordées de multiples chantiers interrompus, nous avons vu des sapins en plastique aussi incongrus que les décorations de Noël qui semblent rester là à l'année. Et depuis quand?

Qu'importe, leur ultime paradis est ailleurs, nous l'avons vu!



Données techniques:

  • dénivelé: 575 m

  • durée: 2h40 sans pause

  • kilomètres: environ 9,5


À Curiglia, la petite route et donc le sentier ne sont pas faciles à trouver mais ensuite, tout ira bien! Ici, il faudra choisir d'aller à droite en prenant le sentier 3V 108, et non monter. Sinon on s'embarque direct sur la mulattiera, mon pauvre ami!


À Sarona, on choisira de suivre le panneau Alpone qui monte à droite après la chapelle, se distançant ainsi du sentier des châtaigniers mais nous permettant aussi d'effectuer une boucle.

Depuis l'Alpone, on suivra Curiglia, rejoignant ainsi le sentier des châtaigniers. Variante à essayer: passer par Viasco.



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