top of page

Pizzighettone et Cremona

  • Photo du rédacteur: Karin
    Karin
  • il y a 5 jours
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Faire 160 kilomètres pour voir une église, il faut être un peu cintré. Surtout en empruntant un axe qui s’approche dangereusement de Milan.



Ayant aperçu quelques photos léchées de Pizzighettone sur un réseau social, j’ai voulu contempler de mes yeux cet incroyable édifice en mosaïques. À peine plus loin, semble-t-il, un mur d’enceinte, des ruelles voûtées, un pont et des reflets sur la rivière. Or, par une journée morne de décembre, la découverte va s’avérer plus sinistre que prévu. 


Comme quoi, hein, les réseaux sociaux…  👵🏼


Cette petite ville est certainement plus intéressante à d’autres moments de l’année. Aujourd’hui, elle semble émerger d’un marché de Noël avec la gueule de bois. 


D’origines très anciennes, Pizzighettone, séparée en deux par l’Adda, doit son importance à sa position stratégique sur les routes militaires et commerciales du nord de l’Italie. Elle se fortifie dès le Moyen-Âge et passe aux mains des Visconti puis des Sforza. Construits dès le XVIe siècle sous domination espagnole, puis remaniés sous l’Empire autrichien, les remparts entourent la ville sur les deux rives. Ils sont agrémentés de casemates: des galeries voûtées intégrées dans l’épaisseur des murs qui servaient de dépôts ou d’abris pour les soldats. 



Néanmoins, Pizzighettone ne fut jamais assiégée et ses murailles comptent parmi les systèmes défensifs les mieux conservés de la plaine du Pô. Réutilisées comme entrepôts et prisons durant les deux guerres mondiales, ces fortifications sont maintenant en partie restaurées et accueillent musées, galeries et ateliers. Tout en restant pour certains des entrepôts. On peut aussi s’y promener lors de visites guidées.  


Côté rive droite, où nous commençons notre découverte, les fortifications sont plutôt sinistres et laissent entrevoir, derrière elles, toute une zone militaire en friche et une ancienne poudrière. Non loin, le pont ferroviaire de la ligne Codogno-Cremona enjambe la rivière. Stratégiquement placé près des équipements militaires, il a été bombardé en 1944.



Contrastant avec cette austérité se dresse la fameuse église de San Pietro. En 1945, à la suite d’un raid aérien anglo-américain visant les ponts sur l’Adda, toutes les maisons autour de l’église furent détruites mais l’édifice resta intact. Le prêtre attribua ce fait à la protection de la Vierge Marie et entreprit dès lors de le décorer de mosaïques inspirées des peintures de la Renaissance. L’intérieur est également richement apprêté mais ne se visite que sur rendez-vous.



Après avoir traversé le pont en travaux, nous arrivons dans le centre historique arpenté en quelques rues désertes. On peut y voir la tour de garde, unique vestige, avec un fragment de douve, d’un château détruit depuis longtemps. Plus loin, l’église San Bassiano et son campanile à cinq cloches, le palazzo communale puis un joli passage voûté bordé d’échoppes poussiéreuses et souvent vides. 



Nous quittons Pizzighettone en avisant des ragondins qui grignotent sur les rives de l’Adda. Ajoutés à de curieux dindons, ils sont plus nombreux que tous les habitants croisés jusqu’ici. 



Cap sur Cremona à 30 kilomètres.


Comment visiter Cremona en 2 heures


Vu qu’on a encore de la route et des bouchons en perspective, on ne va pas s’éterniser. Et puis, il fait froid. Néanmoins, cette ville m’a laissé une impression agréable. Peut-être qu’après l’âpreté de Pizzighettone nous éprouvons une forme de gratitude à croiser des gens vivants. Oscillant entre arabesques art nouveau, brique rouge lombarde et architecture rationaliste des années 30, le centre piéton m’enchante, nous longeons des palaces et des petites boutiques qui semblent encore tenir bon. 



Garés non loin du centre, nous traçons en ligne droite pour arriver au coeur historique où, en ce mercredi, le marché se démonte.

Nous aurons notre dose d’églises.



L’église San Luca, la plus ancienne de la ville.



L’église Sant’Agata et ses allures de temple romain. 


L’édifice qui nous coupera le souffle est le Duomo, extérieur comme intérieur, avec ses fresques, ses dorures, sa pierre sombre. Et une magnifique crypte peinte qui rend peu en photographie.


À l’entrée, un lion d’allure byzantine porte une colonne. Gardien de pierre hérité de l’Antiquité, il rappelle le bestiaire roman et les influences orientales qui ont façonné l’art lombard médiéval.
À l’entrée, un lion d’allure byzantine porte une colonne. Gardien de pierre hérité de l’Antiquité, il rappelle le bestiaire roman et les influences orientales qui ont façonné l’art lombard médiéval.

Cremona est inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO pour la tradition de lutherie. Ville natale de Guarneri et de Stradivari — plus connu sous le nom de Stradivarius — elle abrite le musée du violon, des ateliers actifs dans le centre historique et l’école internationale de lutherie. Au hasard des rues, quelques sculptures rappellent ce lien culturel, mais certaines se sont fait chourrer leurs instruments.



Avant de partir, je retourne une fois encore sur la piazza del Duomo, l’une des plus belles places médiévales d’Italie. Après avoir traversé la cour intérieure du Palazzo Comunale, une voûte en brique s’ouvre sur le Torrazzo, l’une des plus hautes tours médiévales d’Europe, avec son horloge astronomique monumentale.



Après tous ces superlatifs et ces ressources architecturales, je ne peux m’empêcher de me demander s’ils n’ont pas un peu honte de leur sapin.  



Si vous avez plus que deux heures à Cremona: 



Commentaires


© 2020 par Cas'Arte

Tous droits réservés.

Les textes et les photographies sont propriété de l'auteure. 

bottom of page