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  • Photo du rédacteurKarin

Laveno et les bidons

L’idée première de notre journée de congé, au lendemain de la fête de la Libération italienne, c’était d’effectuer quelques pas dans les ruelles de Laveno puis d’aller faire une mini-rando un peu plus loin. Mais attirés par des sortes de baquets montés sur câble, nous allons changer nos plans.

Bon, je vous explique.

Depuis le début.

Laveno est une petite ville italienne au bord du lac Majeur, que je connais essentiellement pour y prendre le ferry lorsque je me rends au Nord des Alpes. Si bien que j’en maîtrise assez bien le quai d’embarquement et la commande du billet au guichet mais que je ne me suis jamais promenée dans ses rues. À Noël, il s'y monte un truc assez incroyable qui est pourtant courant dans ces contrées latines: une crèche immergée. Le style d’installation qui n’est bientôt plus possible en France mais ici, si vous touchez à ces coutumes, la moitié des Italiens écrit au Pape et l’autre soutient la Meloni. Ou les deux. Bon, en l'occurrence en décembre 2022, la crèche n'était pas totalement immergée parce que le lac Majeur a des petits problèmes de niveau d'eau.


Revenons à notre sujet principal qui est la bourgade de Laveno off. Sans le savoir, nous avons mal ciblé la période car il y a des travaux un peu partout et des ruelles inaccessibles. Si certains chantiers semblent être à l’arrêt pour une durée indéterminée avec des barrières déplacées par des passants excédés, d’autres, comme la promenade le long du lac, sont en pleine effervescence pour terminer avant l’été.

Garés à l’entrée de Laveno en arrivant de Luino, nous commencerons notre déambulation par la rue della Pergola, entrant ainsi dans le noyau historique avec quelques angles bucoliques, une Piazza Fontana et deux ou trois propriétés pas tristes mais entourées de hauts murs.


Ainsi nous arrivons au départ vintage (pour être polie) de la Funivia, que l’on peut traduire par téléphérique. Voilà.


Même en ayant fait du ski et bourlingué un petit peu, je n'avais jamais vu un truc pareil. Des baquets sur un câble, donc. Ma copine Cécile appelle ça des poubelles. Alors bon, le Grand et moi, on se regarde puis on rive à nouveau notre oeil à la pente. C’est tellement vertigineux qu'on ne sait pas trop ce qu’il y a dans le nid de l’aigle et ça nous titille, même si ça n’était pas prévu dans le programme. Il est 10h20, ça n’ouvre qu’à 11h et l’attraction tourne déjà. Ils doivent être en train de refaire les noeuds dans la corde et nettoyer les poubelles.

En attendant qu’il soit l’heure de risquer nos vies, nous poursuivons notre balade, passant par l’imposante église de Sant’Ambrogio avec vue sur le lac, surplombant l’étonnante église-maison dell’Immacolata malheureusement fermée et finissant nos visites ésotériques par la vieille église près du lac.



Suivant les quais en travaux, nous arrivons sur l’emplacement d’une ancienne usine de céramique maintenant détruite. Laveno, depuis la fin du XIXe siècle, s'était spécialisée dans cet art et comptait de nombreuses et importantes entreprises. La dernière a fermé en 1997 et il ne reste plus que d'énormes édifices à l'abandon, un musée de la céramique et ce tas de poussière au bord du lac, où des bâtiments à l’architecture discutable se construisent depuis de nombreuses années. L’Hôtel de Charme, quant à lui, en français dans le texte, semble être terminé. En bout de quai, impossible de rejoindre le Parc le Torrazze. Une barrière annonce des travaux pour l’heure interrompus et comme nous ne sommes pas tout seuls, nous n’osons pas la pousser…



Il faudra alors revenir sur nos pas, retourner vers l’endroit où nous nous sommes garés et grimper un peu plus haut nous perdre dans une colline pour trouver le parc del Castello, un lieu étrange, comme oublié et très mal indiqué, qui surplombe la ville.

Au milieu du XIXe siècle, la Lombardie est sous la domination des Autrichiens qui construisent sur la colline, à l’intérieur d’une muraille médiévale, un fort d’où ils pouvaient contrôler les vallées du Simplon et du Gothard. En 1859, entre deux guerres d’indépendance, le général Giuseppe Garibaldi a pour mission de soulever la population lombarde. Il commande un corps spécial formé de 3500 volontaires qui prend le nom de Cacciatori delle Alpi. Dans la nuit du 30 au 31 mai 1859, Garibaldi détache un régiment pour s’attaquer au fort de Laveno mais l’entreprise sera un échec et les Chasseurs des Alpes compteront de nombreux morts.

À la fin du XIXe, un noble patriote a racheté la colline et ce qui restait du fort dans l’intention de donner une sépulture correcte aux soldats ayant péri sur les lieux. Il a fait ériger une tour à l’intérieur des murs et un ossuaire plus tardif sera également posé non loin. Avec la forme particulière et arrondie des murs du fort surmontés d'une pinède, l'endroit est plutôt étonnant.


Il est désormais l’heure de monter dans nos poubelles. On peut choisir entre l’ouverte et la fermée, y aller à deux et sauter en marche, mais l’un après l’autre.

Ça grince et ça tangue, et puis, il n’y a pas de doute même une fois embarqués, ça côte sec. Sous nos pieds, on peut voir le sentier qui serpente entre les pylônes et à certains moments, c’est tellement raide qu’il a fallu installer des escaliers en fer. Nous n’y verrons personne, ni à la montée, ni à la descente et je le regrette, j’aurais bien voulu savoir s’il fallait s’encorder.

Maintenant, si on se tourne tout gentiment de l’autre côté pour ne pas trop faire bouger le baquet, on a une vue à couper le souffle sur les toits de Laveno, le lac Majeur, les Iles Borromées et le Mont Rose. En haut de la pente, un petit replat, et hop c’est reparti pour un tour, on est encore loin d’être arrivés, cette montagne a deux bosses. Dans la forêt, j’avise des échelles rangées à intervalles réguliers et je me demande si c’est pour les travaux d’entretien ou pour aller rechercher les gens quand il est en panne. De temps en temps, le câble ralentit voire s’arrête, pour faire monter des plus vieux que nous certainement.



Le nid de l’aigle se rapproche et je peux vous dire qu’il n’est pas beau. Un édifice tout ce qu’il y a de plus rectangulaire et pas local, lardé d’antennes et de paraboles. Ici, la vue s’ouvre aussi sur le lac de Varese et l’on aperçoit les gratte-ciel de Milan au loin, au bout d’une plaine qui contraste avec les reliefs des Alpes. Si l’on ne va pas manger au restaurant, le panorama est un peu au rabais et on en profite finalement mieux à l’intérieur de nos bidons. Des deltaplanes s’élancent depuis une rampe car l’endroit est devenu « Patrie européenne du vol libre » depuis 1975. Et tant qu’on est dans l’histoire, la Funivia date de 1963 et a subi une importante restructuration en 2006. J'imagine que c'est à ce moment-là que les baquets ont remplacé les panières. Le téléski qui montait jusqu’au sommet du Sasso del Ferro n’a quant à lui pas survécu à ses 1062 mètres d’altitude et s’est arrêté au début des années 80.




Depuis l’arrivée du câble, les balades qui s’ouvrent à nous ne sont pas nombreuses, à moins de partir pour une randonnée. En 20 minutes, on arrive cependant au sommet à 1100 mètres mais d’ici, avec la végétation, on n’a pas la vue à 360° que j'avais espéré même si l'on aperçoit le massif du Campo dei Fiori.



Dès lors, il ne nous reste plus qu’à sauter à nouveau dans une poubelle pour plonger dans le lac.





Pour Laveno off, les informations précises sur PDF.


Laveno off
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