• Karin

Semaines particulières

S’il faut parler météo, étant donné que l’actualité est maintenant plate comme un soap mal doublé comparée aux shows qu’elle a pu être il y a trois mois, je dirais que ces dernières semaines n’ont pas été tout à fait clémentes sous nos tropiques. Nous sortons d’une période mitigée. Rafraîchissement soudain des températures, pluies abondantes, inondations, glissements de terrain, nous avons payé le tribut de notre mois de mai estival. Y a plus de saisons, chère madame. Au moment où l’on rouvrait les terrasses, en plus! Et où je voulais continuer mon parcours touristique avec Cunégonde.


Nous avons profité d’une éclaircie pour visiter le village d’Origlio et son petit lac dans la région de Lugano. Nous ne sommes pas montées sur la colline jusqu’à l’église car les jeunes adultes sont vite fatigués. Nous avions déjà fait le tour du lac, faut pas pousser mémé dans les orties. J’y retournerai toute seule comme la vieille mule que je suis. Donc, promenade de retraités sur les sentiers et les passerelles en bois, très bucolique mais avec rien de plus transcendant qu’une rencontre avec Edouard le canard et une boîte à livres sur une petite plage.



Le niveau du lac est bien haut, tout comme celui du lac de Lugano. Alors que le Lido d’Agno pouvait rouvrir le week-end du 13 juin, les voici occupés à débarrasser la plage du bois flotté et des détritus et contraints d’attendre de pouvoir récupérer leurs parasols immergés. Il y en a qui n’ont vraiment pas de bol.



Entre deux gouttes de pluie, nous avons effectué la promenade «sur les traces d’Hermann Hesse» proposé par l’Office du Tourisme de Lugano. Et nous nous sommes copieusement perdues dans le village de Montagnola car il faut avoir fait géographie à l’Uni pour s’y retrouver dans leur parcours. Ou alors, le mec qui a posé les panneaux était bourré. Quoi qu’il en soit c'était une belle balade même si je devrai également retourner y faire des photographies car la magnifique église à la toscane de Gentilino sort moyennement bien sous un ciel gris.


Demi-minute culturelle: Hermann Hesse, écrivain et poète allemand, est tombé amoureux du Tessin et plus spécialement de la Collina d’Oro au-dessus de Lugano. Il y a vécu quelques quarante années, dès 1920, et est enterré avec Ninon, sa troisième femme, dans le cimetière de Sant'Abbondio à Gentilino. Montagnola, en plus d’être un très beau village avec des maisons à l’architecture particulière, abrite le musée d’Hermann Hesse que je ne manquerai pas d’aller visiter lors de ma deuxième tournée photographique, surtout depuis que j’ai découvert que l’écrivain était également aquarelliste et a réalisé quelques belles oeuvres de paysages tessinois, dont certaines sont exposées dans le musée.


Chapitre 1 : Montagnola, la Casa Camuzzi, première maison habitée par Hermann Hesse, la porte d'Obélix et le grotto qu'affectionnait l'écrivain.



Chapitre deux : l'église de Sant'Abbondio à Gentilino. Il faut savoir que depuis ce très bel édifice placé sur la Collina d'Oro avec ses cyprès érigés on plonge sur Paradiso et une petite partie du lac de Lugano (il y a du champ lexical) mais aussi sur la plaine industrielle de Grancia bordée par l'autoroute qui descend sur Chiasso et ça c'est un peu moins beau. Visite du cimetière avec l'excuse de chercher la tombe de notre personnage du jour mais j'avoue adorer me promener parmi ces tombeaux parfois grandiloquents et/ou oubliés.


Puis, victime de mon succès, j’ai dû de mon plein gré retourner au Parco Scherrer à Morcote car mes invités (la famiglia) avaient vu les photographies sur un billet précédent. En voici donc un petit rab (maintenant que Cunégonde m’a expliqué que pour prendre les photos à l’intérieur des pavillons sans avoir de reflets, il faut coller l’appareil sur la vitre.) Le parc est toujours ouvert gratuitement au public, donc on ne va pas se plaindre mais je regrette que du moment qu'il n'y a aucun guichet et que le site soit relativement peu fourni, il nous manque quelques informations pour effectuer la visite. Heureusement que mon papa qui sait (presque) tout a pu éclairer ma lanterne sur certains points.




Toujours avec la tribu, je suis à nouveau retournée sur mes pas à Lugano et à la Foce del Cassarate. Et vous savez quoi? Ils ont retrouvé le pédalo piqué à Ouchy et rencontré dans le billet Neuf avec mes amis blogueurs (enfin, surtout un, de blogueur).



Ensuite, nous sommes allés fêter un anniversaire dans un grotto repéré à Montagnola, voisin du Cavicc, le préféré d’Hermann. Un endroit typique et très vieux où l’on mange à l'ombre des arbres sur des tables et des bancs en granit avec des nappes à carreaux et un biotope d’insectes variés qui lorgnent dans nos assiettes. Où l’on boit du Merlot dans des boccalini que l'on renverse parce qu’on n’a pas l’habitude. Il en existe malheureusement de moins en moins dans le Malcantone. De vrais grotti, pas de boccalini.

Deuxième demi-minute culturelle: le grotto tire son nom des grottes où les autochtones entreposaient leurs fromages et autres provisions. Devenant inutiles avec l'avènement des frigos, ces endroits ont été recyclés en caves de dégustation de vin et mini-trattorie et par extension d’autres établissements de ce genre se sont ouverts, cette fois dans des maisons, mais en gardant le principe de proposer des mets simples et régionaux. Ces lieux étant recherchés par les touristes, d’autres encore sont apparus mais qui n’ont plus du grotto que l’appellation car ni la carte, ni les prix, ni la simplicité, ni la décoration ne correspondent à l’idée de base. Et les authentiques, en tout cas par ici, à petits feux ils ont mouru.

Celui-là nous a bien plu, d’une part par son nom et son côté désuet, d’autre part avec sa carte qui comporte comme il se doit la polenta, l’osso bucco et les costine. Et puis, ils sont choux, ils ont transposé le menu en français mais avec un traducteur suédois et on a bien ri, même sans suppléments. Voilà…



En ce qui concerne les travaux dans notre maison, heureusement que notre voisin Paolo avec l’aide de Gilles a avancé quelque peu car notre charpentier a de nouveau disparu. Pour tout dire, il n’y a jamais vraiment eu d'apparition. Il devait faire son coming-out la semaine après Pentecôte. Pas vu, pas entendu. Ensuite, il a eu l’excuse de la pluie. Je pense. Parce qu’il ne m’a pas contactée. Il a dû prêter son téléphone. Et maintenant qu’il fait beau, chaque jour je regarde le bâtiment qui me fait face et l’échafaudage laissé en plan. Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir? Lundi je lui ai laissé un message sur son répondeur. Il faudrait que j'essaie de lui envoyer un fax.

Mais bref, nous avons bientôt des deuxièmes chiottes (bio), la cuisine a été débarrassée de ses canards (j’en pouvais plus, pardon grand-maman), nous étrennons une nouvelle fenêtre à défaut de la porte dont le matériel est toujours coincé en Italie (on a tellement peu de forêts dans le Malcantone...) le mur du jardin s’est orné d’un coeur, nous avons des lys couleur de l'enfer pour concurrencer Arman qui arrive bientôt, nous avons découvert une magnifique couche de peinture rose datée de 1961 et Gilles m’a construit un nouvel étendage, de quoi photographier MON nouveau T-shirt, un cadeau de mon ami Philippe qui sait à quel point j'adore Alain Berset et la phrase qui va avec. L'est beau, hein?




Les archives ont confirmé, la maison était rose. En voyant cette photographie, je ne peux que remercier mon grand-père de nous avoir quand même bien mâché le travail!



La cigogne s’est enfin pointée pour de vrai et la fille de Paolo est née la semaine dernière. Et avant même qu’on ne connaisse son prénom on lui avait déjà trouvé un surnom, comme quoi c’est vite fait chez nous ces choses-là. Voici la petite histoire:


Mon père a trouvé une pierre semi-précieuse dans une boutique de Sessa. De retour à la maison, je lui en ai recherché l’appellation car le temps que l’on remonte au hameau, on l’avait déjà oubliée.


- Ton caillou, c’est une celestina, lui crie-je depuis mon ordinateur à l’étage.

- Ah bon ? La fille de Paolo s’appelle comme ça? demande Gilles depuis le rez alors qu’il a capté la moitié du message.

Donc, Celestine est née.



Au rayon animaux, nous avons peu de nouveauté. Une visite dans notre jardin de Gérard le Renard qui semble très bien connaître les emplacements de tous les composts du bled même si nous ne mettons pas de poule dedans, ni de pangolin d’ailleurs. Et une omniprésence de Léon le Frelon qui est très emmerdant et spécialement dodu cette année. Au sous-rayon félin, Crapule se traîne et nous devons parfois éponger des trucs après son passage. Quant à Chaï, elle est en pleine forme, on ne la voit plus. Elle ne rentre que pour manger et encore, car depuis quelques temps elle ne supporte plus la pâtée suisse. Hier, j’ai remis deux pieds et un masque en Italie toute proche et ça n’a pas raté, elle s’est ruée sur les sachets italiens Mon Désir (sic!) que je lui ai rapportés.

Car oui, si je peux, et je l’écris noir sur blanc pour autant qu’on ait encore le droit d’utiliser cette expression, je vais retourner faire une partie de mes courses en Italie! Et je n'en ai pas honte. Parce que les grands discours comme quoi il faut faire fonctionner l’économie suisse, à ce niveau-là ça me fait bien rigoler. Pour ma part, il n’y a que Migros et Coop que j’aie eu la sensation d’engraisser pendant das Covid. Avec la désagréable impression que tout avait encore augmenté, en renonçant à prendre des fruits et des légumes aux prix prohibitifs qui parvenaient à nous arriver d’Espagne ou de pire loin encore et en me tapant des bouchons dès que le trafic frontalier a repris. Ben oui, faut bien faire venir les caissiers et caissières de Lombardie, au prix où on les paie…

Alors, à part pour le beurre, les formaggini, les yaourts de montagne et le Cenovis, je prends la liberté de faire quelques économies dans les supermarchés de mes amis Ritzouls plutôt que de me faire plumer dans ceux de nos géants suisses alémaniques. J'y trouve entre autres des fruits et des légumes qui ne coûtent pas un bras et viennent d'Italie. Et étonnamment, ce faisant, j’évite de plus les kilomètres et les bouchons. Au lieu de s’offusquer sur les gens qui font comme moi (ils sont légions au Tessin, beaucoup de familles ne s’en sortiraient pas autrement) on ferait mieux de se pencher un peu plus sur la définition de l’économie suisse et sur la partie exacte que l’on veut en sauver (sans oublier par exemple les artisans, les maraîchers, les agriculteurs, les vignerons et j’en passe). On pourrait aussi se demander comment on en est arrivé, en tant que "Suisse moyen" à se sentir pris à la gorge lorsque l’on doit passer à la caisse dans ce pays avec un caddie plein de commissions pour tenir à peine une semaine. C'était la demi-minute je râle.

Sur ce, je vous quitte, j’ai tai chi.

Ça vient de recommencer.

Aujourd’hui, cela se passera sous le cerisier, dans le jardin derrière la porte.



Toutes les photographies sont maison, mais j'avais la flemme de les signer. A part le Lido d'Agno, crédit Cunégonde, et la casa en 1961, crédit Luciano.