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  • Photo du rédacteurKarin

Gole della Breggia

Le Parc Naturel des Gole della Breggia s’étend sur 65 hectares dans le Val Muggio, non loin de Chiasso et offre plusieurs parcours didactiques, avec ou sans guide. Remontant la rivière Breggia, on va s’enfoncer dans ses gorges de plus en plus sauvages.


Le parc est un site géologique important. Il est aussi le témoin de 2’000 ans d’activités humaines qui se sont maintenant concentrées en aval dans la zone industrielle qui le borde. C’est d’ailleurs en se garant en fond de parking d’un centre commercial qu’on peut commencer la balade. 


Le monde moderne dans notre dos, on arrive rapidement au moulin de Ghitello, l’un des moulins hydrauliques les plus complets et mieux conservés de Suisse. La structure, datant de 1606, abrite des espaces multifonctionnels et un restaurant. En ce rare dimanche printanier de relatif beau temps, le site est aujourd’hui pris d’assaut par des familles avec grillades et jeux de balles. Nous préférons nous enfoncer dans la jungle. Les photos datent d’il y a deux ans, il n’y avait d’ailleurs pas d’eau. Et pas de grillades, c'était interdit.



La présence de moulins le long de la Breggia est documentée depuis 1265. La rivière permettait à leurs pales de broyer châtaignes, céréales et noix. Au cours de la deuxième moitié du XVIIIème siècle, l'expansion de l'industrie de la soie en Lombardie a provoqué la propagation des cultures de mûriers. Puis la vigne et le tabac sont également devenus plus rentables. L'économie agricole telle qu'on la connaissait alors s'effondre au milieu du XIXe et les moulins sont abandonnées. Certains se transforment, comme celui de Mornerei que nous dépassons peu après notre départ de balade. Usine de pâtes (il reste un vestige d'écriture sur une façade), brasserie, première tentative de cimenterie. Rien n'est viable très longtemps.



Faisons quelques pas encore, laissons passer plusieurs décennies.

Ici la rivière me laisse entrevoir les couleurs que je suis venue chercher.

Là, près des moulins, on peut déjà apprécier quelques spécialités géologiques notables.



Au début des années 60, on découvre dans les gorges une roche propice à la fabrication du ciment. Ça tombe bien, on en a drôlement besoin en cette période où la ligne de chemin de fer du Gothard ouvre de nouvelles perspectives et où le tourisme se développe. On crée la SACEBA (Società Anonima Cementi Balerna) après avoir trouvé quelques gisements intéressants au pied du bourg historique de Castel San Pietro. Il n’a pas été difficile de convaincre les 23 propriétaires fonciers de vendre leurs terres, "peut-être éblouis par le mirage du soi-disant miracle économique" nous raconte le site officiel. Ou peut-être aussi parce qu'ils bouffaient quotidiennement du gruau de maïs et des châtaignes, avec un ragoût de chat les jours de fêtes, tiens! Ce sont les mêmes qui vendaient leurs terres pour une bouchée de pain afin qu'on vienne y construire une merde en béton avec deux lions sculptés à l'entrée et une saloperie de palmier qui fait tellement exotique mais menace maintenant tout l'écosystème des forêts tessinoises.

Je m'égare.

Et faites-moi penser à couper les fruits de mon palmier...


Les travaux d'excavation commencèrent en 1961 et le nombre d'emplois augmenta continuellement tout comme la quantité de matière produite. En 1967, chaque "Tessinois" consommait en moyenne une fois et demie de plus de ciment que le reste de la Suisse, deux fois plus que la France, l'Italie et l'Allemagne et trois fois plus que les Etats-Unis. Des chiffres qui doivent certainement être remis dans un contexte de nombre d'habitants au mètre carré et d'âge du capitaine mais qui restent néanmoins ahurissants et expliquent mieux quelques aberrations du paysage.

Les choses se gâtent pour les entrepreneurs dès 1975 avec la crise de la construction. Des voix opposées à l'extraction commencent à s'élever. Les carrières sont fermées en 1980 mais la SACEBA continue à usiner, reprise en 2000 par Holcim qui jette l'éponge en 2003.

La société a légué le site à la Fondation Parcro delle Gole della Breggia et la question s'est posée de savoir quoi faire de ce pou dans le paysage. Plutôt que le raser complètement pour oublier une histoire encombrante, on a préféré en garder une partie comme archéologie industrielle. La plaine a été récupérée, la flore restaurée et les bâtiments allégés. Ce qui reste de l'intérieur est utilisé pour des événements et l'on peut visiter les tunnels d'excavation avec un guide lors du Parcours du ciment.




Oeuvre de Andrea Ravo Mattoni sur le tunnel (en béton) qui mène à la SACEBA.


Une fois l'ancienne usine dépassée, nous allons enfin entrer dans le vif du sujet, à savoir la nature. Il est interdit de ramasser des fossiles et des minéraux. Le sentier devient plus aventureux. On s'approche du Punt dal Farügin, plus communément appelé Pont du Diable. Pour arriver peu après dans le Pré des Sorcières.



Pas de sorcières sur cette place de pique-nique aujourd'hui, ni de grillades. Seulement des promeneurs avec des chiens. D'ailleurs, à en croire les hurlements sinistres qui vont nous suivre depuis là, si fort qu'ils dépassent le bruit de la rivière, il reste un certain nombre de toutous à adopter dans le chenil en surplomb. Ça doit être sympa d'habiter dans le coin. Nous arrivons ainsi aux vestiges du moulin de Canaa, qui fonctionna jusqu'au XIXe siècle avant d'être détruit par une inondation.



Une fois traversé le pont de Canaa, nous nous éloignons des bords de la Breggia pour monter en direction de Castel San Pietro où nous ne trouverons pas les ruines du château mais passerons devant l'église rouge, contenant l'un des cycles de fresques gothiques les plus riches du Tessin . Elle n'est cependant ouverte que sur demande.

D'ici nous amorçons notre descente en ayant quelques échappées sur la carcasse de l'ex-cimenterie et sur la très belle église de Morbio Superiore (Santuario Santa Maria dei Miracoli). Pas de miracle par contre dès que l'horizon s'ouvre sur la zone industrielle.

Renfonçons-nous encore un peu dans la forêt.



Nous bouclons la boucle en revenant sur nos pas depuis l'ex-Saceba. Il est certainement possible d'effectuer un circuit complet, le parc étant lardé de sentiers, mais je n'avais pas bien préparé ma leçon. Et leur carte me semble un peu bizarre. Il manque d'ailleurs un bout du chemin que nous avons pris pour descendre depuis l'église.



En jaune, notre trajet


Vers le moulin del Ghitello, les grillades sont en bonne voie et les jeux de balle ont molli. Nous reprenons notre voiture pour replonger très vite dans la civilisation mais en ayant eu notre plein de verdure.

La balade était très appréciable.

Ce petit ton pointu en conclusion pour m'excuser des gros mots figurant plus haut.


Mais si je peux me permettre, j'éviterais le lieu en plein été. Entre nous, t'imagines? Les influenceuses en tongs sur le pont du Diable, la fumée des bradwurst sur le pré des Sorcières et les hurlements polyglottes des nageurs qui s'élèvent des gorges turquoises.

...


Données "techniques":

Durée: env. 2h30 (en tongs, c'est plus long)

Kilomètres: environ 9

Dénivelé: environ 160 m

Tout est environ car je n'ai jamais vu autant d'informations contradictoires selon les sources.


Pour rallonger la promenade, on peut s'aventurer à l'intérieur de Castel San Pietro où se trouve un petit resto très sympa (Osteria della Posta). On peut également aller jusqu'à Santa Maria dei Miracoli, à pieds ou en reprenant un véhicule.


Sources:



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1 Comment


christophe
May 23

Voilà un coin de pays que je ne connais pas du tout. Bien intéressant en tous cas, merci pour le reportage!

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