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  • Photo du rédacteurKarin

Cimiterio Monumentale

Si l’on survit au trajet sur l’autoroute entre Varese et Milan, on peut aller visiter le cimetière monumental.

Faut-il être un peu dérangé pour se balader dans un cimetière alors qu’on n’y connaissait personne et que l’on n’est pas spécialement porté sur la religion? La réponse est non si l’on sait que le Monumentale est un véritable musée à ciel ouvert. En raison de la valeur artistique des sculptures et de l’architecture, le site est l’un des plus importants d’Italie, voire d’Europe. 

L’erreur qui fut cependant faite pour cette visite est de l’avoir effectuée un jour isolé de cette fin de printemps où il faisait 31° C et où le soleil plombait autant nos pauvres carcasses de vivants que nos points de vue. De plus, il manquait un chouïa de préparation en amont et nous avons passé à côté d’une foule d’éléments à ne pas rater. Comme le veut son nom, le cimetière est immense. En 1 heure et demie de déambulation hasardeuse, nous avons vu à peine un quart des 250’000 m2 de sa superficie. 



L’endroit n’est pas aussi ancien que l’on pourrait le penser. En 1837 naît l’idée de créer un seul grand cimetière à Milan afin de remplacer les nombreuses tombes insalubres disséminées dans le tissu urbain. À ces considérations s’ajoutait le désir d’accueillir les sépultures dans un lieu convenable, adapté au sentiment croissant de piété envers les défunts et au culte de leur mémoire. Ce n’est qu’en 1860 que la ville met au concours le projet de construction, remporté par Carlo Maciachini, architecte d’origine modeste. Les travaux commencèrent en 1863 et en 1866 le cimetière, bien qu’encore incomplet, accueillait ses premiers pensionnaires et recevait les sacrements d’usage. En 1887 fut achevé le Famedio, ou Temple de la Renommée, imposant édifice sur la place d’entrée qui scella une première conclusion des travaux. Au fil des années, le Monumental a été agrandi à plusieurs reprises jusqu’à atteindre sa superficie actuelle. 



L’ensemble de la structure du cimetière est organisé en angles droits et et de manière symétrique par rapport à la forme centrale de la cour d’entrée. L’aménagement du territoire suit des critères proches de l’urbanisme, avec des routes principales et secondaires, la création d’espaces ouverts plaçant les monuments comme points de référence. Le cimetière a été conçu pour offrir un service aux citoyens quel qu’il soit. Ainsi deux sections avec espaces et entrées indépendants ont été dédiées une à l’ouest pour la population non catholique et une à l’est pour la population juive. 




Avant de pénétrer dans ce lieu atypique, nous longerons une place de 5’000 mètres carrés, presque déserte et qui en impose déjà, ainsi que ce Temple de la Renommée qui rappelle, avec son marbre noir et blanc, certaines cathédrales toscanes.



Également conçu par Maciachini dans son style éclectique néo-médiéval, le bâtiment était destiné à être un lieu de sépulture, de célébration et de souvenir des Milanais d’origine, d’adoption ou invités d’honneur. Ainsi s’est concrétisée l’idée de créer une sorte de Panthéon dans un univers architectural extrêmement riche composé par les plus grands peintres, sculpteurs et marbriers de l’époque. Pour recevoir les honneurs du Famedio il n’est pas nécessaire d’y être enterré, pour preuve seuls les restes de sept personnes illustres y sont conservés. Beaucoup des personnalités rappelées dans les pierres tombales placées à l’intérieur sont enterrées dans d’autres endroits du Monumental, comme le chef d’orchestre Arturo Toscanini. Et d’autres reposent ailleurs, comme Giuseppe Verdi. Au centre du temple, dans un sarcophage conçu par Maciachini, git Alessandro Manzoni, écrivain, le premier personnage à être transféré au Famedio dix ans après sa mort. Une seule femme est enterrée dans ce Panthéon milanais et ceci seulement depuis 2021, après plus de 150 ans d’histoire du cimetière. Il s’agit de Carla Fracci, l’une des plus grandes danseuses du XXe siècle, formée à la Scala. 





Il est temps maintenant de se perdre dans le labyrinthe où de chaque côté une sculpture, un édifice, une incongruité attirent le regard. Où aller? A gauche, à droite, tout droit.

À l’ombre ! 

Alors commence une promenade sans chronologie dans l’histoire de la ville et de l’Italie. On passe de la Grande Guerre à la deuxième, du fascisme à la résistance, des inspirations égyptiennes à l’Art Nouveau. Toutes les matières y sont représentées, toutes les formes artistiques s’y côtoient. 



J’ai été frappée par la beauté et la paix du lieu alors qu’au-delà des murs la métropole fourmille. Par la richesse et la diversité des oeuvres même si je dois avouer que le nom de leurs auteurs ne me dit rien. J’ai été émue par les messages, les symboles laissés sur les tombes, ce chien qui pleure son maitre, cet enfant esseulé. Chaque sépulture a sa propre histoire à raconter et montre la recherche et le soin donné au passage dans l'au-delà des êtres aimés. J’ai été interpellée par le nombre de femmes représentées en train de pleurer sur la tombe de leur homme alors que l’on ne voit pas l’inverse. Je me suis demandé si pour certaines familles l’idée était vraiment de construire un bâtiment funéraire pour abriter leurs morts ou s’il ne s'agissait pas d'ériger plus original, plus beau et plus imposant que le voisin.



Au bout d’une allée on aperçoit soudain un tableau impressionnant. La Sainte Cène avec des personnages grandeur nature sculptée sur le tombeau de la famille Campari (ah, enfin un nom que je connais 😅)



Plus que tout, la poésie qui règne en ce lieu l'emporte sur ce qu'il pourrait avoir de sinistre. Trois jours plus tard j'ai encore de la peine à me détacher de mes 132 photos, même surexposées, et j'en livre un dernier diaporama avant de rendre l'antenne.




Il est temps de rentrer et de risquer à nouveau sa vie sur les autoroutes italiennes en espérant que le poids lourd qui roule dans mon pare-choc pourra freiner à temps. Je n'ai pas encore eu le temps de concevoir mon mausolée.


Sources:

Le site officiel du cimetière est relativement bien fait et propose différents circuits par thèmes en fonction des intérêts de chacun. Même s'il traduit "edicole" par kiosque à journaux, ce qui dans un premier temps est un peu surprenant.

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