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  • Karin

Morges-sur-rires


Quelques survivants peintres et photographes exposaient dans la cour intérieure du Château de Morges lors de la 25ème édition du Salon des Créateurs UNIcréa .


Vite rebaptisé la Cour des Miracles, le lieu regroupait de façon très fortuite un petit noyau de rebelles, surtout côté nord.


Les 3 Suisses (photo Maloul, recadrage Nadia)


Les 3 Suisses (enfin, presque) version masculine

Bonus caché : le règlement d'UNIcréa à Morges, version KA's

Ami créateur, dès que tu auras payé 750 francs, tu feras partie de cette grande famille où tout le monde se serre dans les bras.

En tant qu’artiste peintre ou photographe, tu auras ainsi ta place délimitée dans la cour intérieure du château, protégée par un avant-toit de 1 mètre et ouverte aux vents.

Si la météo ne permet pas d’exposer à l’extérieur, tu auras un emplacement à l’intérieur (mail officiel du 5 mars 2018).

Le jeudi, par un temps changeant et une bise noire qui se sera installée sur le Léman, avec des rafales à 70km/h, tu tenteras de monter ton stand en courant après ton matériel le plus léger. Tu pendras tes oeuvres avec ton propre système d’accrochage, qui aura peut-être de la peine à collaborer avec un pan de tissu vaguement tendu et certainement très efficace pour faire avancer un catamaran. L’organisatrice revendiquera avec fierté la maternité de cette trouvaille mise aimablement à ta disposition.

Après avoir constaté que tout aura tendance à dégringoler, voire à se casser, tu demanderas peut-être à passer au plan B et tu réaliseras alors qu’il n’y en a pas, les combles prévues à cet effet étant occupées par une exposition temporaire. Tu ne pourras alors qu’être soulagé d’avoir de vagues notions météorologiques tendant à démontrer que la bise éloigne les risques de précipitations.

Tu pourras tenter d’expliquer à l’organisatrice qu’avant même l’ouverture de la manifestation, tu commences avec une perte sèche de plusieurs centaines de francs et une partie de ton propre travail détruit, il est possible qu’à ce moment-là, elle soit très occupée et n’accuse même pas réception de ce qui lui est éventuellement parvenu à l’écoutille.

Pour le souper des créateurs, tu auras, comme il est demandé, apporté à boire et à manger des spécialités de ta région pour le partage, et tu auras laissé le tout dans une arrière-salle. Tu apprendras ensuite que le staff a décidé de reporter le souper au samedi parce que parmi eux, certains n’apprécient pas trop le vent.

Le vendredi, tu verras l’organisatrice venir t’offrir un verre de vin pour l’apéro, avant de réaliser que parmi les bouteilles dépareillées qu’elle tient et te laisse ramener vides dans la benne, il y a certainement celle que tu as apportée la veille. A propos de recyclage de déchets, tu sauras aussi qu’il est dans ton cahier des charges d’aller vider la poubelle publique de ta cour. Mais ceci est un détail.

Grâce à ton badge, tu auras droit à une réduction aux stands de victuailles où les prix sont prohibitifs, du moins en ce qui concerne la nourriture. Cependant, la ristourne ne sera pas affichée et pourra osciller entre rien et quelques maigres francs, selon l’heure ou la tête du client. Tu constateras vite que le personnel du foude-truc n’a pas les antennes pour capter ton badge de 5,5 cm de diamètre et que si tu ne fournis pas les sous-titres, tu paieras plein-pot.

Le samedi, pour le fameux souper canadien des créateurs, annoncé en trombe comme une soirée mojito, tu constateras qu’il était certainement trop difficile de réaménager quelques tables de cantine en buffet. C’est donc debout que tu mangeras trois chips et le fromage basque de ton copain photographe, vu que tout le monde s’est assis autour de la nourriture et qu’il n’y a plus de place. Tu renonceras à aller dépenser tes maigres recettes pour un mojito à 10 balles très garni en eau gazeuse. Tu préféreras noyer ton spleen avec tes compagnons de galère en prenant une bouteille sur une table. Tu te feras un peu engueuler parce la dite bouteille n’était apparemment pas canadienne. Et lorsque l’organisatrice commencera à crier au manque de boissons alcoolisées non payantes et cherchera à savoir s’il en reste parmi un éventuel stock clandestin chez les créateurs, tu préfèreras peut-être aller t’installer avec tes nouveaux potes sur une terrasse de la rue piétonne. Parce que c’est joli, Morges.

Si tu as le sens de l’humour, tu pourras continuer à lever les bras sur les photos de groupe, marque de fabrique de l’organisation, et tu t’offriras quelques bonnes pintes de rigolade avec tes compagnons de la cour des miracles en te disant qu’en fin de compte, une perte financière n’est rien face à l’enrichissement de belles rencontres.

En effectuant le bilan de cette aventure, tu te diras que le concept est tout de même très intéressant et bien pensé et que l’équipe reste a priori sympathique. Mais qu’il est un peu dommage que tu en ressortes avec l’impression d’avoir été un gentil pigeon. Un câlin ?

Karin

NB : le « tu » utilisé dans ce règlement est un mélange des expériences malheureuses vécues par mes comparses et moi. Certains malchanceux les ont un peu accumulées. Le texte, par contre, n’engage que moi.


Il me semble avoir entendu plusieurs personnes demander si l'échelle, c'était pour se pendre à la fin de l'exercice.

Mon stand photographié par Caroline Junod :




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