• Karin

Les soirs les plus longs

En ce mois de juin, nos soirées les plus longues sont peut-être celles où l’on ramasse des oisillons tombés du nid.

Mais reprenons depuis le début.

Cette année, Iseult le rouge-queue (noir) a réinvesti un vieux nid situé à l’entrée de notre cave. Anciens citadins, nous nous émerveillons devant ce nouveau monde à plumes. Nous observons leur manège, leur vol stationnaire, leur chant étrange qui ressemble plus à un caquètement et le fait qu’ils soient toute une équipe à venir bidouiller vers ce nid, alors que nous avons lu que ces oiseaux vivent en couple et ne divorcent jamais. Soit les nôtres sont en union libre, soit on a hérité d’une sacrée bande de potes qui se donnent des coups de mains et des avis éclairés entre voisins.

Le problème va vite prendre la forme de nos chattes (waourf!), enfin spécialement une, Chaï, la Ninja Warrior des toits du hameau. Désormais, lorsqu’elle arrive dans les parages, on le sait avant de la voir car la squadra s’agite et pépie de plus belle. Quant au Boulet, elle ne semble pas les impressionner plus que ça. Elle peut aller faire la sieste sur le fauteuil en-dessous du nid, ça les fait rire, les oiseaux.

Fin mai, ça y est, c’est officiel même sur Facebook, on est grands-parents! De drôles de cous malingres surmontés de têtes d’extra-terrestres aux becs béants dépassent du nid. Il y en a quatre. Iseult se dépense toute la journée en effectuant des aller et retour afin de nourrir ses noisillons. La smala monte la garde et Chaï devient chèvre. Les fauteuils sont momentanément ôtés du couvert.

Et pendant une de ces soirées de juin où le jour tend à devenir plus long que la nuit, alors que nous étions prêts à aller dormir on peut se rhabiller: le nid est tombé. Tout en gérant les félins par le désastre alléchés, munis de gants de chirurgien, nous tentons de suivre les pépiements et avisons d’Artagnan tremblant dans les bords du pressoir et agitant vainement ses embryons d’ailes. Perché sur une échelle, le Grand remet le nid sur la poutre et tente de le consolider. Je prends ces quelques grammes de chair fraiche dans les mains en ayant peur de briser la bestiole et la tends à mon comparse qui la replace dans le nid. Et de un. Armés d’une lampe de poche, nous cherchons les autres et trouvons Porthos et Aramis blottis au fond du pressoir. Rebelote. Et de trois! Pause.

Chaï n’a pas la tête d’un chat qui a fait une bêtise et croyez-moi, je m’y connais; ce n’est certainement pas elle qui a fait tomber le nid mais plutôt ces imbéciles qui se sont trop agités. La place commence à leur manquer et l’installation est en équilibre instable sur une poutre pas assez large. Que faire? Un parachute? Un échafaudage? Un trampoline? Alors que le Grand consolide la structure avec de l’herbe et des bâtons, je me mets à la recherche du quatrième et finis par le trouver à l’arrière du pressoir et en mauvaise posture. Athos ressemble... à un oisillon tombé du nid mais son corps maigrichon palpite encore et il rejoint tant bien que mal ses compères dans leur couche.

Le lendemain matin, Iseult, perchée sur un montant de la tonnelle, me tient tout un discours. J’ai l’impression qu’elle m’engueule mais je préfère prendre ça pour des remerciements. Par contre, les bâtons placés pour éviter le basculement de la structure ne lui ont pas plu du tout, elle les a tous ôtés.

Il ne nous reste plus qu’à larder le pressoir de couvertures pour amortir la prochaine chute.

Iseult a repris ses trajets de plus belle et trois têtes émergent désormais du nid. Le quatrième mousquetaire n’a donc pas survécu. Je préfère ne pas aller voir le bordel qui doit régner dans leur chambre.

Ma tante et notre ami Internet nous apprennent que les premiers envols des oisillons sont laborieux et très hésitants. Je ne peux m’empêcher d’y penser alors qu’Iseult s’échine à nourrir sa marmaille qui a de fortes chances de finir en complément de pâtée pour chats. Parce qu’on ne va pas pouvoir les attacher. Les chats. Ni passer nos nuits de juin dehors, même si elles sont courtes.

Mon texte prenant bientôt le chemin de l'article le plus long, je vais tenter de condenser pour arriver à une fin acceptable. Les sorties du nid ont été laborieuses et très hésitantes, c'est établi. Notre couvert s'est transformé en camp retranché avec la mise en place d'une barricade pour chats (peu efficace). Porthos s'est tiré le premier, je n'ai plus eu de nouvelles. Non, ce n'est pas vrai. Je l'ai revu un peu plus tard, perché sur le banc devant l'atelier, à un mètre de la Ninja Warrior des toits du hameau qui ne l'avait même pas calculé. Aramis s'est perdu dans la cave dont on avait oublié de fermer la porte. Avec Iseult qui le cherchait et se cognait dans les fenêtres. Episode épique. Gants de chirurgien. Lampe de poche. Remise en sécurité. Échelle. Retour au nid. Seul d'Artagnan, finalement, hésitant de poutre en lampadaire, semblait envisager de jouer les Tanguy.

En fin de de compte, ils sont tous partis. Ils vivent heureux et auront beaucoup d'enfants. Mais pas chez nous, j'ai enlevé le nid.


Le nid, lumières à tous les étages, Artamis et d'Artagnan sur le départ (contenu non sponsorisé)


 

La Photo du Mois, c'est un groupe de blogueurs qui publient à midi, heure de Paris, une photographie sur un thème donné. Ce mois-ci, Renepaulhenry nous a proposé le sujet en ces termes:

"Les jours rallongent jusqu'au 21 juin à 11 h 13. Pour juin montrez-nous vos soirs les plus longs..."

Je me réjouis d'aller voir les soirées folles de mes camarades de jeu en cliquant sur les liens suivants:



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