• Karin

Le boulet



Il serait temps qu’un article digne de ce nom soit partageable sur Facebook.

Vous aimez les chats ? Je les aime moi non plus.

Quand on était petits, avec mon frère, on voulait avoir un animal. Normal. Ma maman a d’entrée fait l’impasse sur le chien en pensant, à juste titre, que ce serait elle qui en fin de compte devrait se taper les promenades à 6 heures du matin avec les petits sachets à crottes accrochés à la laisse télescopique. Blocus sur le lapin aussi, en craignant qu’on ne le laisse sécher sur le balcon. Et sur le poisson rouge, parce qu’un poisson rouge, en fin de compte, c’est assez con.

On a donc eu un chat femelle. Dire : une chatte, ça la fout mal, je ne sais pas pourquoi. « Donne ma chatte contre bons soins» « A vendre, chatte sevrée.» Allez, si j’écris que l’on a adopté une chatte tricolore, ça passera mieux. Non ? Cette animale avait la particularité de baver des litres lorsqu’elle était contente. Il y en a qui vomissent, alors à choisir… Si bien qu’entre mon frère et moi, on ne se battait plus pour savoir qui l’abriterait dans son lit pendant la nuit. Elle se promenait dans l’appartement en serrant un de nos « Monchhichi » dans ses crocs comme s’il s’agissait de l’un de ses petits, qu’elle n’a jamais eu d’ailleurs. Elle épuisa presque ses neuf vies en tombant de nos fenêtres du troisième étage, si bien qu’une fois, alors qu’elle s’aventurait sur la tranche des volets ouverts, nous étions allés attendre sa chute depuis le bas de l’immeuble. Tombera, tombera pas ? Tombera. Et sur ses pattes, encore. S’il vous plait.

Nous l’avions appelée Caprice, nom absolument débile auquel nous n’avons jamais pu nous habituer. Très vite, elle est devenue Minette, ce qui est autrement plus con mais lui est resté. Elle était craintive de nature mais avait une peur bleue d’une seule personne : mon oncle. Qui, sous prétexte d’aimer les chats, leur courait après et les balançait dans tous les sens. Lorsqu’il venait nous rendre visite, elle avait trouvé une cachette imparable sous le vide sanitaire du frigo. La première fois, ne la trouvant nulle part, nous avions pensé qu’elle avait à nouveau expérimenté l’apesanteur selon Newton et l’avions cherchée dans la rue. Avant que mon frère ne repère deux billes incandescentes sous l’interstice du frigidaire. Mon oncle habitait à Genève et nous avions pour habitude que le téléphone sonne deux coups pour nous avertir qu’il était bien rentré. A ce moment-là, et seulement là, notre animal de compagnie émergeait de sa cachette en s’étirant, l’air de ne pas y toucher. Elle est morte de sa belle mort façon Exit lorsque ma mère n’est plus arrivée à lui faire avaler ses vitamines dans la pâtée qu’elle ne mangeait plus.

Plus tard, ayant moi-même eu des enfants, j’ai à nouveau craqué pour des chats. Dans un premier temps, un mâle à poils longs, nommé Léo sur le papier, mais communément appelé Chat-Chat parce que c’est beaucoup plus original. Le genre de félin qui, une fois tombé dans le bain avec ma gamine, ressemble à un rat lorsqu’il arrive à ressortir de la baignoire. Qui ramène plein de boules collantes dans ses poils, celles issues de la plante qui a fait penser à l’inventeur du Velcro d’inventer le Velcro. Qui, si tu ne le brosses pas régulièrement, ressemble bientôt à un rasta. Lui aussi était attiré par le vide, record battu, quatre étages. Qui m’ont coûté 800 balles chez le véto et 200 balles pour la voisine du dessous qui l’avait recueilli et sur la couette de laquelle il avait pissé. C’est pas facile, les relatives, mais si vous suivez on va s’en sortir. Etant donné qu’il n’était pas encore adulte lors de son opération, la vétérinaire m’avait dit qu’il faudrait peut-être le réopérer plus tard pour ôter ou repositionner les broches. A ce prix-là, quelques années après, lorsqu’on sentait une protubérance dans le haut de sa cuisse, on faisait comme si on n’avait rien remarqué. Allons, bah, ce n’est qu’un chat, en même temps. Et il ne souffrait pas. Si vous voulez me dénoncer à la SPA, vous trouverez mon nom dans l’annuaire.

Une fois établis dans une sorte de compromis entre la ville et la campagne, nous avons trouvé un compagnon à Chat-Chat en la personne d’un félin roux appelé Tigrou. Oh, et bien, quoi ? C’est un nom comme un autre, il était roux et tigré, et mes filles étaient fans de Winnie l’Ourson. Rien à dire de spécial sur ce spécimen-là, si ce n’est qu’ayant déménagé à quelque 300 mètres, il a mis, tout comme l’autre, un point d’honneur à retourner dans notre ancienne maison. Au bout d’un certain temps, nous n’avons plus retrouvé Chat-Chat, qui a certainement rencontré un renard ou une Opel Vectra sur sa route. Quant à Tigrou, il a préféré s’établir définitivement chez nos anciens voisins qui le nourrissaient en couennes de lard et l’installaient sur une couverture en crochet dans leur salon pour regarder « Plus belle la vie ». Un jour, j’ai croisé la voisine au supermarché qui m’a habilement placé dans une brève conversation sur la pluie et le beau temps, vu qu’elle n’était pas capable de beaucoup plus, qu’elle se trouvait là afin d’acheter des croquettes pour mon chat. Apparemment, les pelures de saucisson ne suffisaient plus. Je ne sais pas ce qu’elle attendait de moi. Que je lui paie une pension, peut-être.

Je n’en voulais plus, de chats. Mais celui qui vit avec nous actuellement m’a été imposé à l’insu de mon plein gré. C’est un vrai boulet. Et pour le nom, promis, je n’y suis pour rien, elle s’appelle Crapule. Parce que c’est une chatte. Une vraie boulette, donc.

Il faut être raisonnable, un chat, ça ne sert à rien si on n’est pas agriculteur et qu’on n’a pas des farines animales engrangées dans ses dépendances qu’il faut protéger de la vermine.

S’il n’est pas destiné à chasser la souris ou la gueuse, le chat se doit au moins de servir de doux compagnon carrossable (je cherche à écrire caressable, mais mon traitement de texte ne veut pas) qui saura être le palliatif à une psychanalyse de 10 ans et évitera quelques hausses de primes maladie. Alors, si au moins le spécimen dont je vous parle pouvait être un tant soit peu sympathique et venir s’installer correctement sur nos genoux pendant qu’on lit le dernier Dicker au coin de la cheminée, comme tout bon animal de compagnie qui se respecte. Mais non, même ça elle ne sait pas le faire. Elle souffle, elle crache, elle évite et elle snobe.

Elle dort, elle bouffe, elle va dehors, elle me salope les vitres parce qu’elle veut rentrer, elle dort et elle bouffe. Et elle veut retourner prendre l’air. Mais il est hors de question de dénaturer mes fenêtres avec une chatière. Elle sait donc pousser une porte mais n’arrive pas à la tirer contre elle, même si elle est ouverte. On ne lui demande même pas de se servir d’une poignée. La seule fois où elle a réussi à rentrer d’elle-même, c’était une erreur. Elle s’est retrouvée à l’intérieur avec l’air de quelqu’un qui a effectué une montée du ventre pour la première fois de sa vie. Enfin, j’imagine. Je n’ai jamais réussi à faire la montée du ventre, mais si j’y arrivais comme ça tout à coup, ça serait certainement la tête que j’aurais.

Le matin, elle a trouvé la combine. Elle attend que le premier soit levé, elle lui tourne autour pour avoir des croquettes qu’elle avale en cinq sept. Et quand le deuxième se lève, elle lui fait croire qu’elle n’a encore rien mangé et se tape une nouvelle ration. Sachant qu’en semaine on est trois, je vous laisse deviner la suite. Avec tout ça, elle est devenue grasse comme un loukoum. Lorsqu’elle déambule, on a l’impression de voir passer un plum pudding. Remarquez, c’est pratique, cet hiver quand elle ira dans le jardin, on n’aura pas besoin de peller une tranchée dans la neige.

Et c’est putassier, un chat, avec ça ! Et raison de plus une chatte. Alors qu’elle me déteste la plupart du temps, elle va venir se frotter à mes jambes dès qu’elle est en manque de croquettes. J’ai rarement vu une telle hypocrisie, à part auprès de nos politiciens, bien sûr.

Et alors, bon, il faut dire qu’au niveau vermine de ferme, la seule chose qu’elle réussit à nous rapporter, c’est sa souris en peluche de la Migros. Ou alors les Crocs en plastique de ma fille qu’elle s’acharne à descendre marche par marche dans l’escalier. Le plus gros truc vivant qu’elle a réussi à choper, c’est un hanneton déjà à demi-assommé. Et fière de sa proie, avec ça. Comme si elle nous avait attrapé un morceau de bidoche qu’on va pouvoir mettre au congélateur et qui va nous tenir tout l’hiver.


A 19h07 chaque soir, elle est comme les gosses, elle a sa crise. Elle se prend pour un cheval et galope dans toute la maison. Ça doit activer son transit intestinal car ensuite, elle va gratter dans sa caisse pendant une plombe, au point que l’on s’attend qu’elle nous fasse un trou dans le plancher et se retrouve dans la cave. Lorsqu’on sort de la douche, on a l’impression d’être un fakir foulant pieds nus un parterre de gravier. Et tout comme cet ascète (et quatre à quatre), il faut rester imperturbable quand on en a plein les chaussettes. Sinon, elle aime bien croire aussi qu’elle est une poule et couver des trucs improbables, de préférence en hauteur. A certaines heures de crises extrêmes, elle contrefait une Tortue Ninja en se jetant sur les murs et en effectuant des pirouettes de haute voltige. Lorsque mes filles ne sont pas là, elle squatte leurs pénates et se prend pour la Grande Duchesse de la Courtepointe qui vient de réintégrer ses appartements. Elle imite également le paresseux à la perfection lorsqu’elle enserre le dossier du canapé entre ses quatre pattes comme si elle s’était donné pour mission de ne pas le laisser s’en aller.

Maintenant que je connais cette bête, je dois dire que je comprends un peu mieux pourquoi il existe des psy pour les chats.

#bazar