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  • Photo du rédacteurKarin

Valle del Lanza et anciennes carrières

Cette promenade du dimanche va nous mener relativement à plat d'un ancien moulin à un autre, et retour. Elle commence en contrebas du village de Malnate, au Molino Bernasconi. On entre ici dans le parc naturel du Valle del Lanza et on longe la rivière Gaggiolo. Tout de suite, c'est bucolique, chants des oiseaux et petites fleurs de printemps.


Une fois de plus chez nos amis italiens, le fléchage est vague. Près d'un bâtiment entouré de barrières de chantier, on ne peut qu'emprunter une petite route fraîchement goudronnée où un panneau pédestre nous indique la direction du Molino del Trotto. Rien cependant sur les carrières qui nous intéressent et qui constituent pourtant un élément important de ce parc. Sceptiques, nous faisons même demi-tour avant qu'un promeneur ne nous confirme que nous sommes dans la bonne direction.

Après un certain temps passé à arpenter cette petite route, au bord de la rivière qui méandre, les Cave di Molera sont là-haut, sur notre droite. Mais il faut le savoir.



La vallée est formée d'une roche sédimentaire, un grès sablonneux voisin de notre molasse vaudoise. Dès le Ve siècle avant J.-C. les populations celtiques qui habitaient dans la région prélevaient le grès pour fabriquer des pierres à aiguiser. Au cours des siècles, la roche a également été utilisée dans l'architecture et on en trouve encore des témoignages dans toute la Lombardie. À partir du XIXe siècle, les carrières de Malnate vont connaitre un second âge d'or en fabriquant des meules pour le broyage des céréales ainsi que des outils abrasifs. Vers la fin du XIXe siècle, le développement du réseau ferroviaire est également un moteur de l'économie des tailleurs de pierre et en 1891, on compte une quinzaine de carrières pour 100 à 150 ouvriers. Le déclin des carrières de Malnate a commencé dans les années 1920-1930 avec l'apparition de meilleurs matériaux, tant dans la construction (briques, béton) que dans l'industrie abrasive (émeri).



Après plusieurs décennies d'abandon, les anciennes carrières ont été revalorisées lorsque le parc a été classé réserve naturelle en 2015. Suite à la cessation de l'activité minière, un biotope particulier s'est créé avec une végétation typique des vallées fluviales et des espèces rares de batraciens, salamandres, coléoptères et crustacés.

Il reste donc un douzaine de cavités principales et plusieurs plus petites, peu profondes, résultant probablement de tentatives de fouilles abandonnées. Vu qu'elles sont très mal indiquées, nous en manquerons quelques-unes.

Toutes les carrières conservent leur identité propre, mais elles ont des caractéristiques communes: un trou dans le plafond de la salle servait probablement d'entrée de lumière et d'air, on reconnait les sillons typiques sur les parois, laissés par les burins lors de l'extraction des blocs, et les trous dûs au montage des échafaudages. Le nombre de chambres varie d'une cavité à l'autre. La plus grande est composée de cinq salles, toutes séparées par des parois rocheuses pour assurer la stabilité.


Pour des raisons de sécurité, l'entrée dans les carrières n'est plus autorisée mais on est en Italie. Hum! La photographie ci-dessous résume en elle seule tout le contraste. On veut faire une réserve naturelle didactique et revaloriser le site, mais il y a un cruel manque de panneaux. On construit un chemin goudronné très moche et moyennement terminé au milieu d'une plaine magnifique. On pose une barrière ridicule et flambant neuve à côté d'une chaîne que tout le monde piétine. Celle-ci était la seule encore attachée.


Inutile de dire que nous avons suivi les promeneurs avant nous et avons dépassé quelques barrières, dans des limites très raisonnables toutefois. Les salles sont impressionnantes et mes images ne parviennent pas à rendre compte de leur immensité. Dans la plus grande, des petits malins se sont crus dans les grottes de Lascaux. Pourtant, pas besoin de faire des dessins. La nature et l'humidité s'en chargent, esquissant des visages improbables dans les parois, laissant des traces de fer dans la roche et construisant un coeur incomplet.


Les salles, bien que visitées, sont heureusement propres et les tagueurs n'ont utilisé que du charbon de bois pour réaliser leurs oeuvres. Quelques gratouillages aussi, mais sans plus. Par contre, l'un des seuls panneaux explicatifs que nous trouvons, après avoir dépassé déjà quelques carrières, est barbouillé et illisible.

À la hauteur de l'ancienne gare de chemin de fer nous quittons le chemin goudronné pour suivre le panneau "Molino del Trotto", grimper un peu sur un sentier et découvrir encore quelques excavations.

Nous arrivons auprès des bâtiments de l'ancien moulin, qui ouvre occasionnellement au public pour des démonstrations.


Traversant le hameau, nous retrouvons la route goudronnée en faisant un petit détour pour voir l'ancienne ligne de chemin de fer. La vallée a connu de folles périodes industrielles, entre l'exploitation des nombreux moulins puis le traitement des textiles et notamment la soie. Actuellement, elle regorge de friches et nous en avons visitées certaines non loin, mais je ne vous dirais pas lesquelles!

Nous retournons alors sur nos pas le long de la rivière, avisant encore quelques carrières que nous avons ratées à l'aller. Ce qui me fait penser qu'il faut envisager cette marche sous un autre angle, indications en fin de billet.

Nous croisons pas mal de monde. Le dimanche, ici, les familles est les promeneurs s'installent un peu partout avec leurs couvertures pour pique-niquer, même au bord des chemins. La balade reste néanmoins très apaisante.


Reprenant notre véhicule, nous nous arrêtons dans le village de Malnate, où en ce dimanche nous ne trouverons rien pour nous sustenter. À noter l'imposante église de San Martino et son intérieur richement décoré.


En voiture toujours, nous nous dirigeons vers l'extrémité du Valle del Lanza près de la frontière avec la Suisse pour nous rendre en quelques minutes à Rodero. Garés dans les hauteurs du village, nous poursuivons à pieds sur le chemin de croix qui nous amène sur le Col de San Maffeo. D'ici on a une vue à 360° sur les vallées alentours mais ça ne coupe pas vraiment le souffle. De nombreux promeneurs arpentent la colline où l'on peut aussi trouver une église, une tour romaine et une pierre commémorative certainement liée aux épidémies qui ont frappé la région au Moyen-Age.


À Rodero, nous trouverons enfin où manger un panino à 16h15, tout en nous faisant harponner par un ancien qui nous raconte sa vie en mélangeant patois et italien. On n'y comprend pas grand chose mais le simple fait d'opiner du chef semble le contenter. Un petit détour par l'église.



Attirés par une silhouette au loin, nous nous rendons encore dans l'étonnant village de Cantello où se trouve la Tour Dupont, un ancien édifice de guet inséré dans une villa privée.

Après tout ce road trip, il est temps de rentrer, nos chats vont s'inquiéter. C'est une région qui mérite d'être visitée et qui recèle encore d'autres curiosités. On y retournera. Mais peut-être pas un dimanche.



Photographies: K. et P. mais je n'ai pas eu le courage de les signer.


Indications pour la promenade des Cave di Molera:


Cave di Molera
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Sources:


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