• Franssois

Une histoire ordinaire

Non mais c’est pas vrai, v’là mon râteau qui se casse et visiblement impossible de le réparer. J’étais gentiment en train d’étaler mon herbe fraîchement coupée que je fais sécher pendant 24 à 48 heures, c’est comme ça. Je ne sais pas si vous avez déjà vécu pareille aventure, mais mettre l’herbe directement dans un sac poubelle, puis attendre deux ou trois jours que la déchetterie soit ouverte favorise drôlement bien la fermentation, perçant le sac et répandant son liquide nauséabond partout dans la voiture! Bref, si vous voulez mon avis, on ne fait qu’une seule fois l’erreur, donc bref, mon râteau s’est brisé en deux, ça me gonfle.

Bon, faudra qu’on m’explique: c’est toujours quand on utilise un outil qu’il se casse ou devient déficient. Mon copain vigneron me disait exactement la même chose l’autre jour: «Tu vois mon pressoir mécanique il ne bouge pas, je n’ai aucun souci de mi-octobre à mi-septembre de l’année suivante, mais tu peux être sûr que dès que les vendanges arrivent, j’aurai un problème, une panne ou une emmerde, c’est gonflant!» Comme je le comprends! Il va falloir procéder à une enquête très serrée voire une étude approfondie une fois pour toutes sur ces drôles de phénomènes.

Bon, ben je n’ai plus qu’à me rendre dans le magasin de bricole le plus proche.

Finalement, après un long voyage en voiture d’au moins 10 km, j’arrive devant ce centre où l’on peut trouver de tout, mais moi je voulais juste acheter un râteau. J’entre et heureusement il n’y a pas beaucoup de monde et mon achat n’est pas bien compliqué. Je me rends compte assez vite que oui, pour la bricole, je suis au bon endroit puisque le seul employé que je croise est vissé à son smartphone et n’a pas l’air de casser les manches d’outil. Un chaland perdu regarde un rayon sans bouger, comme s’il essayait de percer le secret des pyramides. Je croise une cliente d’un certain âge maquillée à la truelle mais tout le monde a le droit de vivre. La musique d’ambiance qui passe dans les hauts parleurs est d’une lourdeur à vous rendre marteau. Bref, je finis par trouver mon bonheur et je prends le plus cher, celui qui est garanti 10 ans (véridique), les autres ne valant pas un clou.

Je m’approche de la sortie pour payer car ça se fait dans ce genre d’endroit et je repère la caissière. Là une parenthèse s’impose : j’aborde gentiment la quarantaine et suis seul depuis près d’une année maintenant. Le célibat c’est bien joli pour vivre ce que l’on veut avec ses potes sans avoir de compte à rendre à personne mais au bout d’un moment, seul devant son micro-ondes ou sa télé, c’est un peu usant. Vous me voyez venir maintenant que j’ai visualisé la mignonette qui s’ennuie derrière sa caisse enregistreuse et sa machine à scanner?

Bon alors on arrête tout de suite de fantasmer, je ne pense pas du tout à ce que vous croyez, même si des fois ça peut être une finalité mais pas le but premier! Ben oui je suis comme ça, j’ai des valeurs moi monsieur. Quand je vois une jolie fille, je pense d’abord à me promener main dans la main au bord du lac avant de lui rouler une pelle. Bref, je pose mon outil sur le tapis et tente une approche sympa franche et amicale:

- Bonjour mademoiselle, vous êtes tellement jolie… que euh, voilà, je me demandais, est-ce que je pourrais avoir votre numéro de téléphone?

- Non mais c’est pas vrai, qu’elle me répond, quelles scies ces mecs, c’est la deuxième fois qu’on me demande ça aujourd’hui. Sachez que je suis fiancée depuis longtemps et que, de toute façon, vous ne m’intéressez pas!

Je rougis de confusion bien entendu et m’excuse platement. Je suis en train de sortir mon porte- monnaie quand elle me demande:

- Bon, vous avez autre chose avec ça ?

- Non, j’ai seulement pris un râteau…


Bekebtschaci les zamis.