• Franssois

Une histoire incroyable

- Tonton Franssois raconte-nous une histoire, tonton Franssois raconte-nous une histoire, tonton Franssois raconte-nous une histoireeeeuuu!

- Oh oh oh les garçons on se calme, il est déjà tard, alors on se brosse les dents, un pipi et au lit!

- Allez tonton une histoire s’il te plaîîîît!

- C’est non, je vous répète les dents, pipi et au lit, je serai inflexible, on a reçu des consignes très précises de vos parents et pour une fois qu’ils vous laissent seuls pour la nuit, on doit obéir!

- Allez tonton Franssois, de toute façon tu n’as rien d’autre à faire!

- Si si, je dois encore… euh … bon c’est vrai, alors d’accord je vous en raconte une mais après Paco et Delio c’est…?

- Les dents, pipi et on dort, promis.

- A la bonne heure. Bon, ce n’est pas vraiment une histoire drôle…

- Rhôô…

- Mais elle est véridique et surtout incroyable. Vous verrez et comme il y a des voitures de sport dans cette histoire, ça devrait vous plaire. Alors je raconte?

- Ouiii vas-y, allume tonton Franssois, dit Paco.

- Ouais allume, répète Delio!

L’histoire se passe il y a de cela presque 30 ans. A l’époque, je pesais également 30 kilos de moins car j’avais une sale maladie : la maladie de Crohn.

- C’est quoi tonton Franssois la maladie du trône?

- De Crohn les enfants… eh bien un peu comme toutes les maladies, elle n’est pas très rigolote, c’est comme quand vous avez la diarrhée et que vous allez aux toilettes cinq à dix fois par jour. Seulement, à la place que cela dure quelques jours, moi ça m’a tenu 5 ans!

Je ne vais pas vous donner de détails sur la quantité de médicaments que j’ai dû prendre, ni le nombre de visites chez les médecins et pharmaciens, ni encore les différents examens que j’ai dû subir, ce n’est pas très amusant, ni intéressant.

Par contre, au bout d’un moment j’en ai marre, une légère baisse de moral certainement, et surtout j’ai besoin d’une compensation pour me faire un petit plaisir. Et ce petit plaisir passe par l’achat d’une voiture de sport. Voilà, c’est ça, j’ai envie d’une voiture de sport. Et il y en a une que j’ai dans le viseur depuis assez longtemps, c’est la Toyota « Celica », le modèle des années 1985. Là, vous voyez la photo sur mon natel?

- Ah ouais pas mal!

Depuis, la « Celica » a été améliorée mais celle-ci me plaît bien. Je me mets donc à la recherche d’une occasion de ce type-là. Je ne trouve rien en regardant les petites annonces mais j’ai l’idée d’aller à deux kilomètres de chez moi à Lutry au garage Toyota justement. Là, j’explique mon souhait et le patron me dit qu’il n’a rien pour l’instant mais qu’il me contactera s’il entend quelque chose. Je lui laisse mes coordonnées en lui expliquant que l’idéal serait un modèle avec un kilométrage entre 40 et 50’000 km. Et mon budget se situe dans les 15’000 francs.

Dont acte, on en reste comme ça.

Parallèlement, il va se passer une autre histoire: dans mon quotidien vaudois préféré, le même jour, je tombe sur deux articles forts différents l’un de l’autre: le premier explique la mode actuelle du «jeu de l’avion». Fameux principe illégal qui consiste en un jeu pyramidal qui est censé vous faire gagner beaucoup d’argent. C’est vrai… pour les premiers, les autres donnent de l’argent et on les appelle également des pigeons. Le deuxième article vend du rêve, mais un rêve à 345’000 francs puisque le journaliste vante les mérites d’une Lamborghini « Diablo ». Comme elle est belle! Là, je vous remontre… pas mal hein?

- Waou !

- Waouh aussi!

Nadia et Ignazio, vos parents, vous l’ont sûrement dit, mais j’aime bien écrire des bêtises et ce, depuis pas mal de temps. Je me réveille donc un matin et j’ai une idée de texte dans la tête avec l’impression de l’avoir rêvé juste avant de me lever.

J’envoie donc une lettre à mes copains, amis et connaissances proches disant: «Chers amis, ceci est un nouveau jeu de l’avion mais totalement légal: à la place de biffer le premier nom de la liste et d’ inscrire le vôtre en bas pour espérer recevoir de l’argent mais aussi avec le risque d’être dénoncé par la police, il suffit de tracer mon nom puis de m’envoyer 10’000 francs avec lesquels, de toute façon, on ne fait plus rien de nos jours. Grâce à votre don généreux je pourrai m’acheter la Lamborghini « Diablo » de mes rêves et avec le surplus de 5000.- vous serez invités, petits veinards, à partager le cocktail que j’organiserai à la réception de mon bolide de luxe. Je vous remercie par avance pour votre générosité légendaire, et vous prie d’agréer, chers amis, mes meilleures salutations, et quand je dis amis ce n’est pas un vain mot, car je sais que je peux compter sur vous.» Je signe, mets sous enveloppe avec un timbre à 50 centimes (eh oui, on est en 1991!) et poste trente-cinq de ces missives.

Les réponses, toutes très marrantes ne se font pas attendre. Je reçois des faux chèques, des lires, des dinars, des faux billets et ça me fait bien rigoler.

Quelques semaines plus tard, alors que j’ai un peu oublié ma première et vraie recherche, je reçois un coup de téléphone (eh oui avec un vrai téléphone fixe, on est toujours en 1991, je le rappelle) du garage qui me dit qu’un de leurs clients veut justement vendre sa «Celica » pour acheter une autre voiture. Je peux venir voir le vendeur dans deux jours, un mercredi en fin d’après-midi. Je note le rendez-vous.

L’après-midi de ce fameux mercredi, je me rends avec mon frère à un tournoi de tennis en double dont nous sommes rapidement éliminés. Juste avant de quitter les courts, je tombe sur Etienne, un bon pote à moi qui a reçu la fameuse lettre quelque temps auparavant.

- Salut Etienne, dis voir, j’ai reçu le catalogue pour les Lamborghini et je n’arrive pas à me décider pour la couleur. Comme tu as participé à la collecte de fonds, que me conseilles-tu?

- Gris anthracite, qu’il me dit!

- Enfin voyons Etienne, gris anthracite c’est pas une couleur pour une Lambo. Noir, rouge, éventuellement jaune ou orange fluo oui, mais pas gris anthracite.

- Gris métal alors si tu préfères.

- Bon, je vais voir, merci du conseil et bonne suite de tournoi.

On se quitte en riant avec un clin d’œil complice.

Arrivé à la maison, je me dépêche de me doucher et de me changer, excité comme une puce et un peu soucieux aussi. Peut-être que ça ne jouera pas, que ce n’est pas le bon modèle ou qu’il ne veut plus la vendre. Bref, je n’arrête pas de me faire des plans aussi enthousiastes que catastrophiques.

J’arrive au garage et croise le patron qui me dit :

- Le propriétaire va arriver dans cinq minutes avec sa voiture. Vous pourrez toujours négocier Monsieur Brunner, je ne vous l’ai pas dit l’autre jour au téléphone mais sa « Celica » a 47’000 kilomètres au compteur et il en veut 16’000 francs.

- Ok, merci, pour les infos, on verra tout ça quand il arrivera, on n’a plus qu’à l’attendre.

Je fais mine d’être le gars blasé mais ce sont exactement les données que j’avais proposées à 1’000 francs près pour le prix.

Le jeune vendeur arrive effectivement quelques minutes plus tard. Il parque la Toyota devant le garage, et là, première immense surprise : elle est … gris métallisé. Waouh! Je me dis : mais c’est quoi le radar d’Etienne, faudra qu’il m’explique, incroyable! On se serre la main, en se présentant. Je regarde un peu l’intérieur et l’extérieur en vitesse, il m’assure qu’elle sera expertisée du jour. Je tente la négociation du prix et arrive à la faire baisser de 500.- si je paie cash, parfait tout ça. L’affaire semble dans la poche, je touche à mon rêve! Puis il me dit:

- Bon vous voulez l’essayer?

- Euh… ben… oui, mais je ne sais pas si j’ose!

- Allez bien sûr, ça se conduit comme une voiture!

- Alors si vous le dites…

Il me tend donc la clé de contact accrochée à un porte-clé. C’est là que je sais que cette voiture sera ma voiture et qu’elle m’est promise: au porte-clé, il y a un médaillon marqué … LAMBORGHINI!

- Et voilà ! Alors les mimis vous en pensez quoi de mon histoire?

Mouais… c’est ballot, j’aurais dû insister pour le pipi et les dents, maintenant c’est trop tard, ils dorment à poings fermés!