• Franssois

Une histoire étonnante*

Je me rappelle parfaitement, c’était un mercredi. Ou peut-être un jeudi j’ai un doute tout à coup, enfin bref, en tout cas c’était un début de semaine, ce détail n’a pas beaucoup d’importance. Comme il avait plu après une grande série de beau et de chaud, j’allai jeter un coup d’œil à mes salades, mes fraises et mon gazon. C’est à ce moment que j’ai vu ce truc et que j’ai appelé mon lapin. Non, attendez, mon lapin n’est pas un vrai lapin, du style nain et angora qui sert à rien sauf si on le cuit dans une cocotte et qu’on le mange avec de la polenta, non, mon lapin c’est mon épouse, je l’appelle comme ça j’espère que ça ne vous dérange pas. Non? Merci, alors je continue…

Donc en voyant ce truc chose machin bizarre j’appelle qui vous savez.

- You you Lapin viens voir!

Comme elle n’entend pas, je recrie:

- OUH OUH LAPIIIIINNN!

Ce qui l’a fait apparaître au balcon.

- Ben quoi t’as pas entendu quand je t’appelais?

- Non j’étais en train de manger une carotte et….

- Chuuuut ne parle pas de carotte c’est déjà assez compliqué comme ça!



- Bon alors mon chéri que se passe-t-il donc?

À ce moment de l’histoire, ai-je besoin de préciser que l’expression «mon chéri» ne concerne pas ces épouvantables chocolats fourrés avec une cerise et du sirop de kirsch qui dégouline et qu’on se bave partout si on ne les met pas tout entiers dans la bouche, mais bien le petit nom que mon épouse toujours attentionnée me donne? Ok tout le monde? Parce que si ce n’est pas le cas, on n’est pas encore au bout de ce récit et si vous mélangez à ce point déjà maintenant… waouh mama mia!!!

- Oui je t’ai appelée pour regarder ceci et me dire ce que ça peut être!?

Après plusieurs minutes de concertation, on est arrivé à la conclusion que:

1) Cet «objet» devait appartenir au règne animal, on avait donc fait de l’avance et …

2) Comme il y avait encore quelques bouts de plumes pas loin, ça devait même être une partie d’une bête qui vole, allez on a même été jusqu’à penser à… un oiseau!

- Bon on fait quoi maintenant avec ça, je le jette à la poubelle?

- Non, a dit mon épouse – lapin – femme, appelle Gilbert, il est ornithologue il a sûrement une explication!

- Bonne idée, dis-je, je vais appeler Gilbert qu’on appelle aussi Gilbière je ne sais pas pourquoi, mais là n’est pas le sujet. Mon gaillard arrive dans les cinq minutes, prend le «machin» dans ses mains et s’exclame:

- Incroyable, enfin j’en tiens un, c’est fou!

Gilbert je ne l’avais jamais vu comme ça avant, il avait l’air tout excité, comme s’il tenait le Graal dans ses propres mains. Et Dieu sait si des oiseaux ou des restes de volatiles il a dû en voir des tonnes dans sa carrière, mais là il piqua méchamment notre curiosité:

- C’est quoi Gilbert, ça a l’air dingue!?

- Ben je veux que c’est dingue, on m’en a parlé, j’ai pu lire ça dans des livres spécialisés mais de mes propres yeux, je n’en ai jamais vu, wouah je n’en reviens pas !

- Mais allume Gilbert, et arrête de nous faire languir, de QUOI S’AGIT-IL bon Dieu?

- Eh bien vous voyez les Brunner, le merle est un oiseau commun mais il est un peu naïf, stupide et aussi provocateur. C’est pourquoi il vient narguer les renards, fouines ou autres chats qui passent dans votre jardin la nuit pour leur disputer la nourriture qui pourrait traîner ici ou là. Et il se bat aussi et la plupart du temps il gagne ou arrive à s’envoler mais visiblement là, il n’a pas réussi.

- Ah bon, et pourquoi?

- J’en sais rien, peut-être qu’ils s’y sont mis à plusieurs mais bref il a perdu et actuellement il doit se trouver dans l’estomac d’un ou plusieurs prédateurs. Il faut également savoir que tout se mange dans le merle sauf le bord de son aile qui est généralement craché par celui qui l’a mangé et c’est ce que vous avez sous vos yeux, c’est fou et unique je vous le garantis!

- Et l’autre bout d’aile? Car le merle en a deux, je me souviens de mes cours de sciences.

- Je ne sais pas, recraché un peu plus loin peut-être dans un autre jardin ou au lac.

- Eh bien je te remercie infiniment Gilbert, tu as le temps de boire un verre de blanc avec nous?

- Non merci, mais une bière volontiers!

- Pas de problème on a ça aussi! Allez on rentre.

L’après-midi se prolongea en soirée, avec des anecdotes, des souvenirs et plein de rires accompagnés de chasselas ou de bière. En partant il m’a dit:

- Encore merci pour tout.

- Mais je t’en prie mon ami, merci à toi et à tes précieux conseils, la dernière fois c’était pour venir déloger un serpent tu te souviens Gilbert?

- Tu parles si je m’en souviens. Non mais tu te rends compte Franssois, dans TON jardin: UN BORD D’AILE DE MERLE !!!

*sur une idée de Guillaume (mon fils)