• Karin

Semaine ⌗7

Une fois de plus, je n’ai pas réussi à m’ennuyer. Mais promis, la semaine prochaine, j’essaie. Quoi que….

Je vous ai déjà dit, je crois, que je tournais le Projet Blair Witch dans la forêt juste au-dessus du hameau. Je ne vais pas vous en dévoiler plus, surprise, mais ça avance bien et si je ne me fais pas rattraper par l’hélicoptère de la douane entre temps ou trucider par l’esprit des lieux, je devrais finaliser ma petite histoire bientôt. Ça sera un Léopard d’Or au Festival de Locarno, au moins. Bon, comme on ne sait pas quand sera le prochain, tranquilla, va con calma. Allez, je peux au moins espérer une Cigogne en plâtre au Festival de la Costa.

Comme je me suis occupée cet après-midi, je vous offre une petite bande-annonce pour vous faire saliver. Je n’ai pas pu l’appeler le Projet Blair Witch puisque cela existe déjà, et en plusieurs exemplaires. Mais je trouvais que le Projet Sessa Witch, ça sonnait pas très bien non plus.




Dans les activités beaucoup plus terre à terre, nous avons l’atelier «Formulaire d’indemnités Covid » pour indépendant. Après avoir demandé trois fois de l’aide à ma pote Raffaella, j’ai enfin trouvé le bon document parce que c’est vrai, comme ils l'ont dit, c’est super simple et l’accès est facilité. Hum! Le truc rempli et envoyé, je reçois un mail automatique qui m’annonce que l’administration est fermée. Qu’il n’y ait personne au guichet parce qu’ils n’ont pas encore leur plexiglas ou simplement peur d’une trop forte affluence, je veux bien. Mais ils m’informent que leur ligne est aux abonnés absents aussi; le télé-travail, ils en ont entendu parler? Bien, il semblerait également qu’ils n’accusent pas réception des formulaires et que les demandes peuvent prendre plusieurs semaines avant d'aboutir. Là je ne suis pas plus étonnée que cela, je ne m’attendais pas non plus à recevoir mon chèque de 149 francs 95 le lendemain et je me suis débrouillée autrement pour acheter mes pâtes et mon PQ.

Car figurez-vous qu’avec la baraka qui me suit depuis un certain temps maintenant, j’ai fondé une start-up sous Covid. Les indemnités sont calculées sur l’estimation de mon chiffre d’affaires que j’ai dû établir pour l’AVS. J’ai fait comme tout le monde, j’ai pas mis trop pour ne pas devoir cotiser plus qu’il n’en faut. Dès lors, si je reçois mensuellement la somme énoncée plus haut, je pense que je peux m'estimer contente. L’un de nos voisins artisans vient de toucher suite à sa demande envoyée fin mars, 1700 francs pour deux mois. Même chose, mais avec un zéro de moins pour une céramiste de la région. C’est à se demander si cela ne serait pas moins dégradant de ne rien nous donner. A ce prix-là, ça n’est même pas de l’aumône. Alors on fait quoi? On s’adresse à la Chaîne du Bonheur qui a vendu plein de T-shirts avec les âneries du Fribourgeois imprimées pour l’éternité? Ou en tout cas dix passages en machine. Beurk.

C’est pourquoi regarder ces pantins continuer à nous dire des horreurs et à nous informer de la merveilleuse manière dont sont injectés les fonds à disposition, je n’y arrive plus sans risquer l’ulcère. A nouveau, c’est chez Wiesel que j’en lis un des résumés.




Jeudi, j’ai aussi suivi d’un oeil Cesla Amarelle nous parler de la reprise scolaire vaudoise du 11 mai. Suivre une conférence de presse avec la cheffe du département de l'instruction publique, je n’y aurais pas songé il y a encore à peine deux mois. Il faut reconnaitre qu’elle a été assez claire, Cesla, même si à la fin j’ai remarqué qu’il y a certaines questions auxquelles elle met un point d’honneur à ne pas répondre. Chapeau! Quelle maîtrise! Par contre, je ne comprends pas pourquoi le journaliste n’en rajoute pas une couche. La non-réponse lui convient, à lui, apparemment.

Pour mettre en oeuvre tout ce qui a été expliqué dans cette conférence, je n’ai que deux mots : Bon courage. D’ailleurs, Cesla l’a dit elle-même : « Nous allons mettre en place les rêves, non, les règles, de ce nouveau vivre ensemble.» Et j’ai encore une question mais je ne pense pas qu’elle va répondre: quel est le nouveau cahier des charges des enseignants?

Il y a aussi une ou deux choses qui m’ont fait rire, comme le fait qu’ils s’aperçoivent tout à coup qu’il n’y a pas assez de lavabos dans leurs bâtiments scolaires. C’est pas comme si, dans un pavillon préfabriqué et provisoire de 19 ans, il y avait une petite équipe d’enseignants qui se battaient depuis le même nombre d’années parce que le vestiaire pour deux classes fait 3 mètres carrés, qu’il n’y a pas de lavabo aux toilettes et que la cour est tellement petite qu’ils doivent déjà alterner les récréations, au détriment de leur pause bien sûr, puisque les pions ce sont aussi eux.

Mais c’est un détail. Il y a plus inquiétant dans le fait que l’on va manquer de personnel enseignant. Et à la question comment va-t-on faire? Ben, comme d’hab, non? j’ai envie de dire. Engager des mères de familles et des Français qui n’ont pas la formation adéquate.

Et pour organiser les prochaines conférences des maîtres dans le respect des règles de sécurité, je pense que le stade de la Pontaise suffira.

Je laisse mes amis enseignants à leur sort et retourne au mien qui s’acharne sur moi. Paolo, secondé un peu par Gilles, a commencé à travailler dans le bûcher pour préparer l’espace de la future galerie. C’est du boulot bien fait mais assez free-style, comme il dit, le voisin. Et niveau frantalien, entre les deux, ça va pas mal.

- Je suis pas très stabile.

- Comment ça, tu es pas très stabile?

- Oui, un peu comme sur un camel dans le désert.

C’est vrai que son pont, il branle sérieusement au manche. Mais heureusement, il n’a rien eu le temps d’arriver avant la prochaine réjouissance.

Vendredi matin, lorsque j’ai voulu aller chercher mon muguet dans la ruine, j’ai vu un énorme tas de cailloux écraser les plus beaux brins. Mais quels agniaffes, ces mecs, je leur avais pourtant bien dit de faire attention à mes fleurs! Ni une, ni deux, la Josiane elle s’en va azorer le Grand qui n’y peut rien, le pauvre. J’ai pas bien regardé, j’avais pas mes lunettes. C’est tout un pan du mur qui est tombé pendant la nuit. Et du côté de l’entrée voûtée, putain, ça penche et menace de s’écrouler sur l’escalier. Il y en a deux qui ont passé leur 1er mai après-midi à sécuriser l’édifice pour tenter de minimiser les dégâts mais c’est mort. Ma ruine séculaire et mon futur patio, il faut oublier. La longue période de sécheresse et les quelques jours de précipitations ont eu raison du bâtiment. Il faudra démolir, ce qui n’était pas prévu au programme, interrompre les travaux de la galerie, trouver où mettre des tonnes de cailloux et penser à réhabiliter le lieu différemment. Vous voyez, on n’a pas le temps de s’ennuyer.




Quant à notre zoo, il se porte à merveille. Enfin, j'avoue que du côté des Dupondts, je n'ai pas trop pris de leurs nouvelles. Mais ce matin, j’ai vu passer Carla au-dessus de ma tête et je n'ai pas arrêté de croiser Eva dans la forêt. Qui d’ailleurs m’a fait comprendre que c’était marre, ce cirque, en brâmant tant et si bien que j’ai pu l’enregistrer, à défaut de réussir à la filmer. C’est un son très étrange et inquiétant qui ressemble à un aboiement, je le garde au chaud pour le Projet Blair Witch, hé, hé, hé... Crapule est toujours aussi sympathique. Et le seul animal normal a un peu flemmé cette semaine, le temps ayant été un poil moins agréable.



Et puis alors, Berset, elle s'en tape.



Distanciation sociale

Jour de pluie

Elle est crooooo chououououou, non?

Mais comment elle va faire, quand elle ne pourra plus déambuler sur sa ruine?


Portez-vous bien. Hasta la vista!

Parce que maintenant, l'italien, je maîtrise.