• Franssois

Le tournoi de badminton

Bon, on se résume : Comme il y a confinement, il n’y a pas école. Pas d’école, pas d’élève. Pas d’élève, pas de gym. Pas de gym, pas de joute. Pas de joute, pas de tournoi et pas de badminton, pas de badminton. Par contre, alors que c’était mon ancien métier (maître d’éducation physique), j’ai eu l’occasion d’organiser plusieurs tournois de ce genre. Le dernier avant ma retraite vaut son pesant d’or, c’est ce que je vais vous narrer ici.

Un grand garçon que je connais bien pour en avoir fait la moitié (mon fils donc) a fait ce sport en compétition. En compèt', le niveau est élevé, et ce dès leur plus jeune âge. Ce n’est évidemment pas le cas au niveau scolaire mais là n’est pas le plus important. Un des objectifs (en plus de la technique et des règles à savoir) est d’arriver à être autonome et donc de réaliser soi-même l’arbitrage et de gérer le match ou les résultats, entre autres. C’est là que ça se complique… des fois. Nous sommes en décembre 2016, en voici la chronologie.

Dimanche 18: j’installe mon matos dans la salle pour être prêt le lendemain pour les 8e d’abord. Il faut savoir que pour installer le tout (et surtout les scotches par terre pour délimiter les terrains), il me faut bien 45 minutes à moi tout seul.

Lundi 19: les joutes des 8e année se déroulent dans le calme, la dignité et la bienveillance c’est magnifique. Ils connaissent l’organisation pour l’avoir déjà vécue en 2015, et malgré l’absence de mon collègue Nicolas, ça roule et l’on passe une bien belle matinée. J’aurai dû me méfier c’était trop parfait…

Mardi 20: j’ai 30 minutes pour juste installer le filet et sortir les raquettes et les volants, il est 7h20 ça rigole… je rentre dans la salle...

7h20 et 8 secondes

QUI M’A ENLEVÉ LES SCOTCHES ? Ça ne peut pas être les 7e année mais quand même ça arrive le jour de leur joutes! J’aurai dû me méfier, je le répète.

7h48

Tout est fait mais je transpire. Il fait 4 degrés en dessous de zéro à l’extérieur mais ça fait du bien. M… ça sonne déjà, ça commence bien, mais ça va aller, Franssois, fais tes respirations. Nicolas mon bras droit précieux n’est toujours pas là, il doit avoir des réseaux avec la Direction mais je maîtrise bien depuis le temps et tout est installé il ne peut plus rien m’arriver… sauvé !

7h51

Alexandre arrive et me dit : « J’ai pas mes affaires.»

Ça commence…

Moi: «Pourquoi?»

Alexandre: « Parce que sur la circulaire c’est marqué : venir à 7h50 non changé."

Ah oui c’est ma faute, j’aurai dû écrire: non changé mais avec des affaires… va t’asseoir machin!

7h52

Je fais l’appel… Benjamin pas là? Pas de réponse… J’entends un de ses copains dire: «Il a pas dû capter que les joutes c’est un jour spécial… comme le mardi on commence à la 2e période, il va sûrement arriver à 8h40...»

8h15

Départ du premier match, arrive Tristan: «J'ai un peu mal au ventre comme hier mais comme j’ai que trois matches, je fais mon maximum.»

Moi: «Oui Tristan, fais ton maximum, merci, déjà que c’est un groupe de 4 uniquement au lieu de 5, donc ça m’arrangerait.»

8h18

Tristan: «J’ai fait mon premier match et ça va pas, j’arrête ça vous embête pas ?»

Moi: «NON Y A PAS DE SOUCI.»

Je commence à nouveau à avoir chaud… ça va passer, c’est le début c’est normal !

8h27

Léonard: « M’sieur, j’ai…»

Moi: « Ouais, écoute Léonard, je suis en train de noter des résultats et de calculer le classement attends un moment.»

8h28

Léonard: « M’sieur.. »

Moi: «Pas le temps, j’ai dit, attends Léonard, s’il te plaît.»

8h29

Moi: «C’est bon je suis à toi, qu’est-ce qu’il y a de si urgent?»

Léonard: «J’ai vomi devant la porte des toilettes garçons. »

Moi: «Ah oui d’accord, tu ne pouvais pas le dire plus vite?»


8h31

Toutes les 30 minutes depuis 8h15 jusqu’à 10h30, j’entends des: «M’sieur, chui qualifié? chui en finale? j’ai encore des matches? » J’en peux plus, je leur ai déjà tout expliqué!

C’est le moment qu’ont choisi mes collègues féminines (Annick, Prissou et Sophie) qui regardaient les joutes de leurs élèves depuis les gradins pour m’appeler : «Ouh ouh Franssois !» «C’est bientôt les finales? » «Mes élèves sont qualifiés?» «Y a encore beaucoup de matches? » « Et toi, ça va sans Nicolas? »

Ah non, vous allez pas vous y mettre vous aussi, me dis-je.

Moi: «Oui oui ça va SUUUUUUPER!»

8h42

Arrivée dans la salle de gym de … Benjamin! Bien vu le copain tout à l’heure!

8h42 et 38 secondes

Fin de la secouée mémorable de Franssois MAISALORSPASCONTENTDUTOUT: Benjamin tchiale! (à mon avis l’année prochaine il arrivera à l’heure!)

8h45

Nicolas s’iiiiil te plaît, reviens! Il dure encore longtemps ton réseau?

8h51

Les élèves continuent leur tournoi et viennent annoncer leur résultat:

Audrey: «Audrey 5 / Aloys 2»

Moi: «Merci, je note. »


8h54

Audrey: « Ah non c’était pas Aloys, c’était Germain, c’est pas grave?»

Moi: «NON C’EST PAS GRAVE, PERSONNE N’EST BLESSÉ.»

Je vous jure que c’est vrai, je n’invente strictement rien!

8h58

Moi: «Non, les 32 élèves des groupes 9 à 12, vous remontez dans les gradins, vous bouchez le couloir, je vous appellerai quand ce sera votre tour. »

9h01

Hugo: «Hugo 5 / Audrey 2»

Moi: «Merci je note donc, Hugo 5 / Audrey 2»

9h03

Hugo: «Ah non, Audrey 1 pas 2 … pas grave m’sieur? »

Moi: «Non pas grave.»

Ça y est, mon asthme me reprend, j’espère avoir assez de Ventolin jusqu’à midi!

9h28

Moi: «Voilà, votre attention s'il vous plaît ! Tous les élèves qui ne sont pas qualifiés parmi les 32 premiers vous avez encore quelques matches mais vous ne pouvez pas arriver en finale.»

9h28 et 15 secondes

Max: «On peut quand même arriver en finale si on n’est pas dans les 32 premiers?»

Vite, téléphone au 144, tente à oxygène, je me fais moi-même un massage cardiaque avant l’arrivée de l’ambulance.

9h43

Benjamin: «Je ne suis pas venu parce que j’ai oublié.»

Moi: « Pas grave Benjamin, ça peut arriver.»

Je me mettrai bien au cocktail amphètes et ecstasy s’il y en a… Ils seraient choux, ces 7e, ça se passerait hyper bien ces joutes, même sans Nicolas!


9h49

Grave accident.

Léonard: «M’sieur, y a Noé qui s’est râpé le genou, vous avez du désinfectant?»

Le genou en question ne saigne même pas.

Moi: «Non, pas le temps, dis-lui d’aller mettre de l’eau.»

Léonard: «Il n’arrive pas à marcher.»

Moi: «Tu plaisantes?»

9h51

Je n’ai jamais vu ça, il faut que ça m'arrive à 6 mois de ma fin de carrière: Léo porte Noé sur son épaule comme un sac de sable… La 4e dimension ou alors, c’est l’effet de la cocaïne que je viens de prendre?

9h58

Tristan: «M’sieur, je peux prendre votre téléphone?»

Moi: «Euh oui, pourquoi?»

Tristan: «Je veux téléphoner à ma maman pour qu’elle vienne me chercher.»

Moi: «Mais oui (pauvre chou)… attends je te le règle, il est sur calculette… voilà, il n’y a plus qu’à faire ton numéro.»

10h01

Germain marche sur la caisse des valeurs et la renverse… Non, pas grave, ça peut arriver, y a pas de blessé mais comme disait un de mes collègues: «Il y aura bientôt des projectiles.»

Et les mille questions n'arrêtent pas et me saoulent avec des: «M’sieur maintenant c’est quoi? pourquoi y a ce trait? c'est quoi ce tableau? c’est quand les finales?" et pourquoi la drogue ne fait pas d’effet plus longtemps? J’en peux plus, j’en peux plus, pourquoi j’ai fait ces joutes et pourquoi j’ai fait ce métier? J’ai pas demandé à venir au monde, moi, c’est quelle heure? Debleu, mon natel il est où?

10h02

Tristan: «Voilà, m’sieur, je vous redonne votre natel, merci, je l’ai remis sur calculette.»

Je crois que c’est cette phrase qui m’a achevé.

Quand on vous dit que c’est plus beau métier du monde!

Tchô bonne, m’sieurs dames.