• Karin

Journal de bord du jour

Je pique l'aspect 24 Heures Chrono à mon ami Franssois, il me pardonnera, je corrige sa ponctuation dans ses billets.😁


10h12

J’arrive sur le parking du premier petit supermarché décent près de chez moi. Et je mets mon matériel de combat. Gants chirurgicaux, masque de compète. Je ne suis pas forcément convaincue de la chose, avec tout ce que l’on entend ou lit, mais dans la pharmacie que Didier 😉fréquente, c’est ce qu’on lui a conseillé. Il est à risques, fois trois. Et moi, ben maintenant, je ne sais pas trop. Insuffisance rénale, ils entendent quoi par là exactement? Fumeuse… Tant pis pour moi. Je suis responsable. Bon. Alors, matos de combat.


10h15

Je vais chercher un caddie à l’entrée. Il y a une semaine, la dernière fois que je suis venue, un Sécu équipé du même matériel que moi surveillait les entrées, donnait des numéros, désinfectait les chariots. Maintenant, il semble que ce soit un étudiant qui fasse le job. Il a un gilet orange et un téléphone portable. C’est moi qui ai dû lui dire qu’une dame venait apparemment d’oublier son sac à main dans le caddie, parce qu’il s’en fout, il est certainement sur Snapchat.


10h17

Je rentre comme une fleur dans le magasin et dans le vif du sujet, au rayon fruits et légumes. Mais que font tous ces gens à patiner comme ça, à hésiter devant la balance ou les trois champignons bio hors de prix? Et que foutent là tous ces anziani? Dès mardi, ils pouvaient à nouveau faire les courses, mais avant dix heures. Nous autres, les moins vieux, devions leur laisser la priorité sur les horaires. Alors, sagement, moi qui suis debout à 6h30, j’ai attendu qu’il soit 10h pour partir me débarrasser de cette corvée. Merci beaucoup! Que ferai-je la semaine prochaine, si les règles n’ont pas encore changé plusieurs fois d’ici là? Est-ce que je continuerai à respecter les consignes comme la personne res-pon-sable que je suis ou est-ce que je ferai marcher ma liberté individuelle en ayant encore la mauvaise foi, si l’on me pose des questions, de répondre que je ne peux pas aller faire mes commissions à un autre moment?


10h23

Enfin sortie du bac à légumes, je continue à arpenter un magasin que je trouve très fréquenté, également par un certain nombre d’employés qui effectuent un boulot de dingues en rechargeant les rayons (même en pleine période estivale, je ne vois jamais ça. Là aussi, il y a un truc que je pige pas, mais c’est un autre sujet). Bref, ces collaborateurs, comme je ne sais plus comment on doit les appeler, se démènent sans masque et sans gants.


10h25

Petite musique… Coop… Per te e per me…. (Comme ça, au moins, on sait de quoi on parle 😂)


C’est beau, quand même, le partage. Dans un rayon, un employé achalande un frigo en toussant à plusieurs reprises, certes dans son coude. Ah, et puis, peut-être que le froid tue le machin, il me semble que j’ai lu ça quelque part. Bon, de toute façon, les pâtisseries toutes prêtes, j’en voulais pas.


10h36

A la caisse, la collaboratrice porte un masque et des gants. Donc, ils en ont quand même, mais seulement un petit peu. A la sortie, j’aurais pu cracher sur mon caddie que le mec au gilet orange ne l’aurait pas remarqué. Je crois qu’il a finalisé sa story.


10h42

Au volant de ma voiture de paysan, j’ai tout loisirs de gamberger et de regarder le paysage, je suis coincée à 45 km/h sur le seul tronçon à 80 derrière la Merco d’un retraité qui vient de sortir de chez Denner.

Alors, je me demande une fois de plus ce que font ces dizaines de voitures aux plaques italiennes garées dans les parkings des entreprises de la plaine qui ne sont, à mon avis, pas indispensables à notre survie. Leur raison sociale est en Suisse allemande, peut-être qu’ils ont des dérogations. Je repense à ma brève balade d’hier, vers le camping au-dessus de chez nous, où j’ai vu travailler des gardes forestiers. Une bonne demi-douzaine, certes à l’air libre mais ne gardant aucunement leurs distances et encore moins les deux qui bossaient dans la nacelle pour élaguer un arbre. Ah oui, suis-je bête! Ils avaient un casque.

Bien sûr, certains secteurs ont eu le droit dès mardi de reprendre des activités. Mais avec des consignes, non? Et est-ce que cela justifie également ce relâchement général qui semble être de mise? A moins que ce soit le fait qu’il n’y ait eu ces dernières 24 heures que 6 morts au Tessin, au lieu de 7 le jour d’avant et que l’on soit au-dessous de la dizaine depuis moins d’une semaine?


11h15

Je suis de retour, mes courses sont rangées. Pour ça, ne me demandez pas ce qu’il faut faire, c’est comme pour le reste, je ne sais pas. Une fois, on a tout laissé dehors pendant 3 heures mais maintenant qu’il fait 24°C certains après-midi, c’est un peu osé. Il y avait le fait aussi qu’on ne devait utiliser qu’une seule paire de chaussures pour les sorties et les laisser à l’extérieur. Et puis, il faudrait se débarrasser de tous les emballages. Pour le gorgonzola au mascarpone ça va être pratique.


11h32

Je me sens un peu fébrile mais ce n’est pas (encore) ce que vous pensez. Cet après-midi, le CF va faire une conférence de presse pour annoncer le programme d’allègement du confinement. Et éventuellement, aussi, les indépendants pourront avoir un éclaircissement sur leur situation. Je sens que je vais avoir besoin d’un remontant, je vais contacter Franssois, il lui reste peut-être des trucs après son tournoi de badminton. Ou Nicoletta, il me semble qu'elle a de la colle. A moins de trouver un fond de grappa quelque part.

Ce matin, j’ai vu passer sur FB une publicité sponsorisée d’une pharmacie nationale qui proposait des masques à un prix prohibitif. Comme il m’arrive souvent de réfléchir après avoir agi, j’ai signalé la chose comme hors de propos, parce que scandaleux ça n’existe pas. Et j’ai demandé à ne plus jamais voir leurs annonces de toute ma vie. C’est ballot, ça va être difficile à retrouver, maintenant, et j'ai pas noté les tarifs.

Mais pour dire, et je n’ai rien inventé car d’autres l’écrivent aussi, ce seront toujours les mêmes qui s’en mettront plein les fouilles et de la manière la plus dégueulasse possible. Et je me réjouis de voir comment nos dirigeants, que nous avons élus, me direz-vous, vont encore ménager la chèvre et le chou pour faire plaisir à tout le monde, et sa mère. Et surtout aux milieux économiques.


15h17

Peu après son introduction, Sommaruga annonce au peuple suisse que le CF lui fait cadeau de 30 francs sur la redevance télé. Alors moi je dis merci, si c’est pour assister à ce genre de spectacle grand guignolesque, on a bien mérité un mois gratuit et une économie mensuelle de 2 francs 50. Mais si c’est pour me faire avaler la pilule qui va suivre, ça ne va pas suffire. Car on ne tarde pas à apprendre que dans dix jours, c’est le déconfinement du non-confinement. Par exemple, on pourra retourner chez le coiffeur, mais en respectant les distances sociales et les mesures d’hygiène. Avec la même cisaille télescopique que celle utilisée pour tailler ma glycine, peut-être.

Ensuite, le 11 mai, on rouvre toutes les écoles obligatoires et les magasins parce que Koch, il vient de s’apercevoir que finalement, les enfants, ils sont pas si contagieux que ça. Et puis c’est quand même bien pratique, l’école, pour garder les gamins de ceux qui doivent retourner à la mine. Avec des masques, monsieur Berset? Oui. Mais non. Mais peut-être. A ce moment-là, j’ai rien compris, pourtant c’était en français. Quoi que. Parce que Berset, il est bilingue aussi, il dit Stoffmasken même quand il parle en fribourgeois. Et au niveau des masques, il y a du gros champ lexical: achat, acheteur et acheter. On voit qu'il ne sait plus comment noyer son poisson. Bon, apparemment la commande est passée. Mais on ne sait pas encore si on la renvoie à réception ou pas.

A la question d’un journaliste qui demande si certains cantons spécialement touchés, comme le Tessin, pourront retarder les échéances, Berset répond que non, que tout ce magma doit être coordonné au niveau national, sinon c'est pas cohérent. Depuis presque le début de cette farce sur le FB de la RSI les commentaires haineux pleuvent mais maintenant c’est l’avalanche. « Honteux, scandaleux, criminels, folie » Quant à moi, j’ai l’impression d’être entrée dans une nouvelle dimension et je sors prendre l’air un moment.

Quand je reviens, c’est pour voir Berset, encore lui, qui répond à une nouvelle question en assurant que le CF est prudent (pour appeler un chat un chat, oui, ils sont très prudents) et puis que quand il disait qu’il se coordonnait avec les autres pays, non, c’était pas le mot qu’il voulait employer, il s’est trompé. Il regarde, seulement, ce qui se passe ailleurs. Et il adapte à la Suisse entière qui, comme on le sait tous, est partout touchée de la même façon.

Pour les indépendants, il y aurait un semblant de réponse mais j’ai rien capté. Parmelin non plus, je crois. Ou alors c’est la traduction. Je me réjouis déjà de retourner sur le site des assurances sociales, en plus je dois faire ça en italien, youpi!


16h26

"Beaucoup de gens se demandent si ce que vous présentez aujourd’hui n’est pas un risque de voir à nouveau grimper une courbe de contagions qui est à peine stable, émet le prochain reporter.

Berset, toujours, et très spontanément:

- Alors, c’est tout l’enjeu!

Yes! Amis pions et gentils cobayes, bonsoir! Vous n’aviez peut-être pas demandé à être traités comme des jetons dans un casino, mais le CF l’a fait. Alors, heureux?


Et à une question sur le nombre actuel de contaminations en Suisse, mon copain s’embrouille, il ne voit plus où il en est, il admet qu’il ne sait pas trop. C’est fou ce qu’il peut se frotter le nez souvent, j’espère qu’il se lave les mains après.


17h54

Je suis lessivée, poutzée, che bordell ! C’était encore pire que ce à quoi je m’attendais. Et je partais détendue, pourtant. Non?


19h02

Je suis en train de me dire que tant qu’à faire, autant aller tous ensemble en train et à Bern, ça pourra pas être pire.


19h31

Au TJ de la RTS, le journaliste commente "La prise de risque était grande pour le Conseil fédéral lors de son intervention de cet après-midi." Ça c'est clair qu'ils ont gravement mis leur vie en danger. Et ensuite vient cette phrase culte de Berset, mais Thomas Wiesel m'a grillé la politesse, et comme il faut.




Culte, vous dis-je. Et vive la Suisse. 🇨🇭🇨🇭🇨🇭


19h34

Ah, chouette, un rab de Berset! Il est interviewé par la RTS. Il a eu un peu de temps pour affiner son discours sur les Stoffmasken. "Le masque n'est pas une solution." Je le note pour la semaine prochaine et/ou l'intervention suivante.

Puis: "On a perdu le suivi au mois de mars, mais maintenant on va le garder." Tout un programme, et bon courage.


19h38

Une fois n'est pas coutume, j'ai une réponse à ma question posée à 16h26. Berset se désinfecte les mains à la fin de la conférence de presse et il gicle même Sommaruga pour rigoler, petit coquin. C'est la cour de récré, qu'est-ce qu'ils sont proches du peuples, ces conseillers!


19h40

Non ! C'est pas vrai ! C'est ma journée ! Il y a Cesla maintenant !

Elle rigole, elle est chou.

Pour conclure l'entretien, la journaliste lui pose une question très claire: "En un mot (sous-entendu oui/non) est-ce que vous auriez rouvert les écoles le 11 mai?"

UN mot, elle ne sait pas ce que c'est, la responsable de l'éducation. Elle a réussi à t'emballer un pot-pourri de dix phrases sans donner de réponse, un tour de maitre, admettons-le.


21h30

J'avoue qu'ensuite j'ai un peu décroché. J'ai encore zappé sur la RSI qui peine à comprendre ce qui nous arrive. Le Conseil d'état tessinois devra certainement à nouveau mendier des mesures exceptionnelles que le CF mettra plus d'une semaine à concéder.


21h34

Pour ne pas terminer complètement en queue de poisson, après cette daube qu'on s'est déjà farci, je vais vous expliquer le choix de l'image de mon post. Il s'agit d'une huile sur toile relativement grande que j'ai commencée peu avant le 16 mars et que je n'ai pas terminée. Petit à petit se dessine pour ce tableau une fin qui n'a rien à voir avec ce que j'avais imaginé au début.


Bonne nuit, les petits.