• Karin

Et de 4

Cette semaine, je me suis un peu détachée des actualités sur toutes les chaînes. J’ai même pu me remettre à regarder une série sans me dire: «Hé, les distances sociales! Hé, il a pas de gants! C’est quoi cette séance avec 12 personnes? Où il va, ce môme? à l’école??? Hé, cette rame de métro n’a pas été désinfectée! Hé, elle lui tend son verre!»

Je vais de mieux en mieux. Et pas besoin de tai chi (j’ai oublié tous les exercices, je suis vraiment une daube en croûte). Je me rends dans la forêt, j’écoute les oiseaux, je cours après une cigogne, et même si c’est un héron cendré je m’en fous, je filme un papillon, je croise une couleuvre sans hurler, je surveille les abeilles, je photographie des fleurs en macro, je contemple un étang. Dans la grande série Josiane découvre la nature, si vous me voyez le cul en l’air et le nez par terre, c’est certainement que j’ai trouvé une sauterelle. Par contre, je n’ai pas encore enlacé un arbre.

Gilles * aussi, il découvre. Comme les plantons ne sont pas considérés produits de première nécessité et que l’on préfère laisser les magasins les jeter par bennes entières, avec Paolo il a réussi à trouver quelques graines et à faire ses semis. C’est une grande première pour beaucoup d’entre nous. Dans le hameau, pour l’instant, nous avons trois écoles.

La première, c’est celle de Nadir, mon oncle. Il met des semences dans des terrines, un peu au bol. Si ça se trouve, il ne sait même pas de quelle bête est la graine, à la base. Et ensuite, il regarde ce qui pousse. C’est la surprise du chef. Des fois, ça se mange.

Ensuite, nous avons Gilles qui a, rappelons-le, une ex-institutrice pour compagne. Il a tout séparé dans plusieurs pots et il a bien écrit avec un marqueur où poussait quoi. C'est ainsi qu'ayant mal lu le mot radis, j'avais cru qu'il avait planté des raviolis. Il te bichonne ces machins, le matin il les sort, le soir il les range dans la cave.

Et puis, il y a l’école de Paolo qui a également tout bien séparé dans plusieurs bacs mais n’a rien noté. Alors hier après-midi, les deux, ils ont comparé leurs plantations, on aurait dit le jeu des sept familles.

Donc, la vie continue con calma, comme ils disent ici. Mercredi, on mangeait dehors et tout à coup, on s'est exclamé en même temps: «Tiens! Un avion!» Comme en 1920. Ce même jour, je suis descendue en plaine pour faire les courses de la semaine. Des voitures, il n’y en a plus trop non plus. Et comme ce petit parcours, dans l’autre vie, on l’effectuait dans les bouchons à une moyenne de 3 kilomètres à l’heure, je risque autant de me prendre une prune pour excès de vitesse que de ramener un bout de virus collé dans mes provisions.

Cette semaine, nous avons également fêté l’anniversaire d’Alain Berset et de moi. Oui. Mais séparément. On a un jour et une année de différence. Et il me doit le respect. Je ne sais pas si le 9 il a pu déballer un carton de masques chinois qui lui permettront de relancer l’économie avant fin avril, mais moi j’ai été gâtée.


D’abord, Chaï m’a apporté deux lézards. Ils n'avaient déjà plus de queue, mais il en reste très peu qui en sont encore pourvus dans ce bled (je parle des lézards.) Le premier, elle l’a posé vers la rigole (sèche) et il s’est échappé dans le conduit. Le deuxième, elle l’a mis à côté du mur de pierres (sèches) et il s’est empressé de filer dans les interstices. Par deux fois, elle s’est mise la tête dans le trou, c’est le cas de le dire, en essayant de retrouver mes cadeaux.

Un peu plus tard, j’ai reçu un gros paquet très sympathique de la part d’un ami, une sorte de ration de survie pour Romande exilée au Tessin et démarrant une start-up sous Covid.



Merci John 🥰 Santé aussi à Nicoletta 🥂

Il y avait à boire, à manger, à gratter et le lac Léman.


Le saucisson valaisan, on l’a sifflé en une soirée. Le blanc vaudois, on l’a bien entamé. Le chocolat, on l’a gardé pour Koh Lanta parce qu’ils me donnent faim à chaque fois quand ils bouffent du manioc.


Oui, bon, j’admets, ce n'est pas une émission d’Arte. Mais trop de culture, parfois, ça me provoque des maux de tête alors on s’octroie des desserts. Je vous demande si vous regardez « Le coeur a ses raisons »?


Question grattage, j’ai ménagé les effets, j’ai gardé le suspense, j’ai fait durer le plaisir.





Et bien non. Rien. Nada.

Ce n’était pas mon jour de chance. Cette Covid Birthday Party se terminera de plus avec la tête de Guy Parmelin expliquant que la situation de certains indépendants est très compliquée (sans blague), qu’il faut encore réfléchir un peu à y voir ce qu’on peut y faire et attendre une nouvelle semaine pour une éventuelle décision. Parce que bon, il y a le week-end de Pâques. Et il va faire beau.

Le surlendemain, l'anniversaire de l'autre est passé et je ne tarde pas à lire que

300 connards sur la ligne de départ,

300 connards ont déjà franchi le Gothard.

Et bien, ça va être sa fête. Avec un jour de retard.



Dans la série, pas de politique !


On apprend aujourd’hui que malgré les tentatives de dissuasion de la police uranaise, les touristes n’ont pas renoncé à franchir le Gothard pour aller passer leur week-end, voire leurs vacances de Pâques en Suisse italienne. Ceux qui l’ont fait ont énoncé pour argument «qu’ils ne voyaient pas pourquoi ils rompraient avec leurs habitudes annuelles.» D’autres ont utilisé le couvert de la liberté individuelle si chère à notre beau pays et tellement pratique pour justifier des comportements qualifiés chez nous de honteux. Une dame a déclaré avec le plus grand sérieux qu’il s’agissait de vacances organisées depuis l’automne dernier. 🤣 Ça, c’est vrai que pour faire trois heures de bagnole sans oublier la clé du rustico, ça demande minimum six mois de préparation. Ces gens avaient de plus certainement reçu à domicile un pli de la commune où se trouve leur résidence secondaire, leur expliquant de long en large, et en schwwyzerdütsch, le pourquoi du comment ils ne devaient pas se rendre au Tessin cette année. Les Romands ont reçu la même lettre en français, mais je ne sais pas pourquoi, il n’y en avait presque pas au tunnel.

Pas si loin de moi, des personnes ne voient pas où est le problème. «Oh, ben, qu’est-ce que tu t’excites? Ils viennent là deux semaines et puis après ils repartent! C’est la liberté individuelle. (ah oui, c’est vrai!) On a la chance d’être en démocratie.»

On peut espérer en fin de compte que ces cons fédérés chopent le truc dans nos vallées infectées et retournent le refiler fissa chez eux. Ainsi, peut-être, une partie de la Suisse primitive et/ou obnubilée par les seuls enjeux économiques ouvrira enfin les yeux sur notre petit problème. Et là, je dis tant mieux.

J’imagine malheureusement assez bien un scénario un chouia plus compliqué. Ici, nos gendarmes et nos ambulanciers ont déjà bien assez à faire avec les imbéciles du cru car oui, même chez les Tessinois, ça existe. Alors, maintenant, ils vont devoir gérer des abrutis qui viennent de l’autre côté des Alpes et qui, en plus, croient que l’on est en train de lutter contre un rhume des foins. Ces derniers ne vont réussir qu’à entamer les efforts de toute une population qui est entrée dans un autre monde à fin février et à s’attirer la haine d’une partie de mes compatriotes.

Fermer le tunnel du Gothard aux touristes, selon le CF, aurait été « un signal catastrophique ». Cela fait des jours que je me demande ce qu’on entend par là. Mais en lisant le résumé de la conférence de presse de mercredi 8 avril (je ne supporte plus de les voir en direct) je commence peut-être à comprendre, vous me direz si je me trompe. Puisque l’une des seules préoccupations de nos dirigeants semble être l’économie, est-ce que cela aurait été un signal catastrophique pour le tourisme tessinois qui, si ça se trouve, va pouvoir reprendre pleinement dès le lundi 27 avril à 7h30?

Ce matin, en parcourant la presse, j’ai également vu un article sur la façon dont nos Conseillers fédéraux allaient passer leur week-end de Pâques. Je n’ai pas osé l’ouvrir pour ne pas devenir méchante. Et puis, ils ont bien le droit de se reposer, tu imagines le boulot et les responsabilités, tu as vu la tête qu’ils ont depuis le début de la crise (N.B. datée par eux au 16 mars)? Sommaruga a maigri, Berset n’a plus un poil sur le caillou...

Moi, j’aimerais bien voir le visage de certains collaborateurs du service public et de notre personnel médical, par exemple. Le nôtre, au Tessin, il est sur le front depuis début mars. Et je me demande s’ils vont se reposer aussi pendant le week-end de Pâques. J’aimerais également savoir si les indépendants à qui l’on avait promis une réponse depuis une semaine, et qui ont simplement appris jeudi que le délai était encore repoussé, ont pu s’acheter un lapin en chocolat chez Aldi. Mais bon, on sait que Swiss va être sauvée, ça fait passer la pilule.

Merci, le CF, pour ce week-end de Pâques baigné de soleil et de repos, dans le respect des libertés individuelles. Tout ce que je peux espérer, c’est qu’après avoir pu faire un gâteau, reprendre un livre abandonné et joué un morceau de piano (bon, j’avoue, j’ai fini par lire l’article), vous réussissiez à rebrancher un peu les connexions pour nous livrer un discours enfin cohérent. Le jour, peut-être, où nous découvrirons toutes les répercutions de cette dernière intervention lamentable et brouillonne que vous nous avez livrée mercredi. Ce n’est pas comme si plusieurs professionnels, du milieu de la santé, entre autres, n’avaient pas averti tout le monde, et même vous, je crois, qu’un relâchement et des déplacements à Pâques seraient catastrophiques.

Et hop, que je t’emballe ce salami tessinois en une heure et que je reste polie, chère Madame, et que je te le balance sur Facebook, ça mange pas de pain, ça fait plaisir à deux ou trois copains et ça défoule.

Ça, c’est fait.

Pour terminer, j’ai quelques petites choses sans lien dans ce chenit à vous livrer dans le désordre. Che casino, ragazzi!

Dans la série, le grand bazar…


Questions absurdes et /ou sans réponse

Sur mon téléphone, Sunrise a remplacé son nom par ⌗StayHome. Si je vais jusqu’à la mine d’or, est-ce qu’il va m'écrire ⌗rentreChezToiSaucisse?

En fait, à quoi pourrait bien ressembler un plan de raviolis?


Qu'est-ce qu'on aurait pu gagner en faisant de la contrebande de Colomba di Pasqua avec l'Italie? Idée à garder pour l'année prochaine et le Covid-20.



Messages WhatsApp avec ma môman


Qui aime bien châtie bien, la dame qui a fait que c'était mon anniversaire cette semaine a une maitrise stupéfiante pour son âge des outils informatiques et du smartphone. Mais parfois, et comme tout le monde, ses doigts dérapent ou son correcteur la prend de court.





Môman, tu ne m'en voudras pas? 🥰 Déjà que tu n'aimes pas quand je fais de la politique et que je critique le CF. Et en plus, il y a un certain nombre de mots de la famille de cazzo qui m'ont échappé dans ce billet. 😅




Best oeuf de Pâques








L'un de mes préférés, ce fut ce dernier. D'autant plus que je l'ai reçu le jour où je me battais avec les "o" sur mon clavier. Allez dactylographier mes bavasseries avec une touche qui fonctionne une fois sur trois, c'est compliqué.


C'est sur cette importante constatation sur les activités de ma liberté individuelle à moi que je vais vous quitter, en vous souhaitant tout le meilleur dans le pire. 🌸


* Gilles préfèrerait s'appeler Didier, mais Cunégonde et moi on n'aime pas, et de toute façon il me lit à moitié parce qu'il en peut plus. 😂


P.S. Les chats vont bien. Crapule vit toujours, j'ai vérifié. Yamamoto a manqué d'être éclaffée dans les tiroirs d'une commode mais tout est revenu dans l'ordre, la commode n'a rien.





La présentation de Gilles, Josiane et Yamamoto, ainsi que mes rapports avec FB et le CF côtoient une histoire de fromage dans l'épisode 1.

Mon bilinguisme, le tai chi et le groupe WhatsApp des aînés vous sont expliqués dans l'épisode 2.

L'épisode 3, quant à lui, vous parle de la faute des archives, du Muppet Show, de contacts avec des vieux copains et de plantations de raviolis (ça pousse vraiment pas?)


Et dorénavant, pour m'éviter ce binz et parce que je n'ai rien de mieux à faire de mon après-midi, je crée la sous-catégorie "Journal de bord".