• Karin

Cinq/cinque/ fünf

Lundi


C’était Pâques sans colombe. Par contre, j’ai repéré Eva et ce n’est pas un animal qui vole. À mon avis c’est un chevreuil. Femelle. Une chevreuille. Une chèvrefeuille? Il va falloir que je contacte Philippe si je ne veux pas à nouveau me retrouver à courir après un lièvre et devoir l’assumer par la suite.


Concernant Eva, j’ai déjà vu passer plusieurs fois sa queue blanche en pompon entre les troncs d’arbre. Il y a d’ailleurs un nombre de bruits flippants quand on se balade en forêt à 7 heures du matin, des branches qui craquent, des feuilles mortes qui bruissent, des sortes d’aboiements. Alors, je me suis renseignée, histoire de ne pas devoir grimper en vitesse sur le premier châtaignier venu une fois que je serai coursée par un ours brun. Non, le seul truc à quoi il faut faire un peu attention, ce sont les sangliers. Un copain m’a expliqué comment procéder en cas de charge du mâle dominant. Je connaissais déjà les postures du poireau et du caillou pour avoir suivi la désensibilisation à la peur des chiens avec mes élèves La position à adopter devant un sanglier, c’est le poireau, mais en mettant la main droite devant sa propre tête, paume ouverte, comme un douanier. Il semblerait que comme ça, il s’arrête à nos pieds. Ensuite, on peut le caresser, mais seulement entre les oreilles. Le sanglier, pas le douanier. Je suis rassurée, j’y retourne.


L’autre matin, de bonne heure, Eva surveillait le hameau campée à droite de la maison rose. Alors, pas folle la guêpe (c’est moi) je m’y suis rendue à pas feutrés. Avant d’entrer dans la forêt, je me suis arrêtée pour vérifier les réglages sur l’appareil de pointe qui me sert à vous fournir des reportages tressautants. Et lorsque j’ai levé les yeux, j’ai croisé le regard intéressé d’Eva qui m’observait depuis l’autre côté de la bâtisse. J’ai failli en lâcher mes outils, elle a pris peur et a disparu dans le jardin abandonné.


Sur Facebook, j’apprends avec stupéfaction que je viens de gagner deux badges de Super Fan. C’est nouveau, ça permet d’avoir une sorte de couronne (encore!) à côté de son nom quand on intervient sur la page. Alors, accrochez-vous! Mes badges, je les ai gagnés à la RSI (ça doit être parce qu’une fois, j’ai réussi à écrire une connerie en italien. Sinon je mets des j’aime et plus souvent des bonshommes qui tirent la gueule). Le deuxième, c’est chez un producteur de vin dans le Lavaux. Là, j’ai juste mis des j’aime, j’ai même rien commandé. Ma liberté individuelle me permet encore d’activer ou non mon badge, alors je ne l’ai pas fait. Mais je voulais juste vous tenir au courant.


D’ailleurs, à propos de vignobles, j'ai entendu je ne sais plus qui dire que, malgré le fait que des imbéciles aillent se promener au milieu des ceps et y faire des grillages, il préférait ne pas fermer l’accès. Ça serait, je cite, « dommageable pour l’image du joyau qu’est Lavaux. » Pour qui? Les touristes? Les satellites? Les Martiens?


Bon sens et logique, quand vous nous quittez. C’est épuisant.


Un peu plus loin de chez nous, la France se prépare à son Macron Show.




20h01, message de Maud, Paris, qui n’est pas sur Twitter 🤣 :

- C'est bon, on a les Chipster!

- Alors, vous êtes dans la salle? Vous avez une bonne place?

- Oui. Comme tout bon Français, on a grillé la queue! On est tout devant! Vive la France! 🇫🇷 On est les meilleurs.

Attends, Maud, on a un match retour jeudi. Mais nous, on n’a pas imprimé les billets. Je rappelle que la Suisse ne fait pas de la politique spectacle.

Mardi

Contrairement à ce que j’avais prévu, YouTube a réussi à me dégotter une réclamation à la sortie de ma vidéo sur la cigogne-héron cendré. Leurs algorithmes ont repéré l’interprétation de l’opus 20 de Clara Schumann qui devient ainsi dans leurs petites griffes l’opus 9 de Robert, joué par Bolomey. Ils sont forts. Et c’est NaxosofAmerica qui revendique les droits. Pas Narcos. A la première lecture, ça m’a fait le coup, aussi.

Vous me connaissez, je fais ni une, ni deux et je te leur envoie une contestation. En disant que d’abord, c’est pas Trucmuche qui joue, c’est mon copain Arman, pianiste et choriste du choeur Auguste à Lausanne/Luzern/Lugano (Switzerland)* Et puis, les droits je les ai, puisqu’avec Grigorian on s’est arrangé nos torchons parmi et on s’auto-sponsorise.

L’autre chose que j’ai en commun, avec Arman, c’est que l’on est tous les deux un peu givrés. Et ça fait un moment. Ces jours, je constate avec un plaisir avouable que j’ai su garder un certain nombre de copains un peu siphonnés et qui sont prêts à suivre mes âneries, j’en suis assez fière. C’est marrant parce que ce beau jeune homme arménien 😎et moi, on a repris contact par hasard et une des premières vidéos que je lui ai envoyée, c’est une archive qui date de 2015. Vous constaterez donc que j’étais déjà à l’époque sérieusement atteinte, le Covid n’a rien à voir là-dedans. Quant à l'enseignement...



Ce qui m’amène à vous dire que niveau poutze, ces jours, c’est un peu le front du sud tessinois pendant la 3ème Guerre mondiale. Je dois avouer qu’on a sérieusement baissé la pression. Si ça se trouve, on n’aura pas d’hôtes avant le 30 février d’on ne sait pas quelle année. Les voisins, on les croise dans la ruelle, au mieux avec un verre d’eau. Ça ne m’empêche pas de pogoter dans la cuisine sur la version Motivés de O Bella Ciao et je connais les paroles par coeur depuis 34 ans. O Bella Ciao qui, comme chacun le sait, n’a pas été composée par une bande de voyous masqués dans la Casa de Papel. Che nenni, et l’arrière-petite-fille d’une révolutionnaire piémontaise que je suis en vomit certaines interprétations qui en ont été faites par la suite. O Bella Ciao est le chant des partisans et résistants italiens pendant la Deuxième Guerre mondiale.

C’était professeure Karin, comme il dit, Arman.


* Et je mets mon astérisque là parce que j'ai un peu de place. Mon prof d'histoire de l'Ecole de Com nous avait raconté cette anecdote : dans un manuel touristique japonais, il était expliqué qu'il y avait trois principales régions linguistiques en Suisse et que certaines villes avaient donc trois noms différents. Comme Lausanne, qui se dit Luzern en allemand et Lugano, en italien.

Mais revenons à notre réfugié 😂

Pour vous montrer à quel point on est secoués, je vais vous synthétiser une petite conversation et pour ce faire, je ne vais point user de mes pastilles à tous les coups parce que Wix ne veut pas me laisser bosser comme je veux et je vous raconte pas le temps que je perds.

Je placerai discrètement qu’Arman, il se prend pour le Roi Lion. Il a toujours eu, comme ça, un petit côté à se la péter un peu mais bon, je comprends, ça m’arrive aussi.




Gilles va bien. Il bricole. Il parle à ses semis.


Je commencerai notre conversation à 23h47.

Arman: Sur mon partage Instagram, qu’est-ce que tu aimerais que je mette dans le descriptif?


Mercredi

7h02

Moi: Désolée Arman, je dormais 😂

9h37

Arman: Ces gens qui dorment… franchement j’hallucine. C’est pas comme ça qu’on va atteindre la célébrité.

Moi: Oui, mais moi je me lève à 6h30, cher ami 😜

Arman: La bonne excuse… Tu fais une nuit blanche, comme tout le monde. Ces artistes excentriques, ça me dépasse.

Moi: Et ces artistes confirmés qui ont un numéro français que je n’arrive pas à paramétrer sur la version PC de WhatsApp, ça me gonfle, +33 6…

Et il me donne la suite de son numéro dans les messages suivants. Ça doit être un problème de compréhension, il n’a jamais vraiment réussi à s’intégrer. D’ailleurs, j’ai pas bien compris s’il était arménien ou français. Ah, voilà, aujourd'hui samedi, il me répond qu'il est 100 % arménien, naturalisé français. Et se dit flatté que je me renseigne. Il a pas encore vu ce que j'écrivais.


On revient à mercredi.

Arman: C’est pour rester proche de mes amis français, histoire de rester lié à des gens normaux. 😂 Il suffit de m’enregistrer dans tes contacts. Mais bon, je comprends que tu veuilles pas. Je suis différent.

Moi: J’ai beau enregistrer, ça change rien. Pour mes copains italiens, c’est la même chose. Pas besoin de te poser en victime. Bon, c’est pas tout ça, faut qu’on bosse.

Quelques photos de nos jardinières plus tard…

Arman: Ton compte Instagram, c’est plutôt ka.r.i.n non? Parce que toute à l’heure j’ai tagué k.a.rin et je suis tombé sur une asiatique. Thaïlandaise ou je sais plus.

Moi: Ah oui, je ne me souvenais plus où j’avais dû mettre les points 🤣 J’espère que la Thaïlandaise était habillée.

Arman: Tu les connais, elles sont jamais trop habillées. 😂

Arman: Mais reçois même de notif pour les nouveaux articles. Je vais voir pourquoi.

Moi: A comprends pas.

Arman: B comprend pas non plus.

J’ai ensuite appris par YouTube que NarcosofAmerica (faute de frappe) a décidé de retirer sa réclamation sur notre vidéo (tu as vu ça, Arman, comme je partage?)

Moi: On a eu gain de cause. 🤣💪🏼

Arman: C’est comme ça qu’on leur n… la gueule à ces Ricains!

Moi: Ouais on les f… ces Amerloques. Comme ça, en plus d’être fichée en Suisse, je suis mise sur écoute aux USA. A comprend pas quand B parle de ses notifs. Sur quoi?

Arman: Normalement quand B s'abonne à une page FB, il reçoit des notifications pour les nouvelles publications de la page. Dans le cas qui nous concerne, B s'est abonné à la page de A mais il reçoit pas des notifications. Voilà.

Moi: C'est parce que A n'arrive plus à suivre et publie pour l'instant les posts du blog sur son profil privé plutôt que sur sa page, pour s'attirer des lecteurs et éventuellement faire connaître des copains qui sont aussi ⌗artisteindépendantetdanslamerde.

Suit la publication du post: La Suisse expliquée aux Français. Ici, je m'aperçois qu'on n'est pas du tout mercredi. C'est pas grave, c'est le casino, c'est couleur locale.

Arman: 😂 😂 😂 Je comprends mieux maintenant le problème. T'as recyclé "Aussi vite que possible mais aussi lentement que nécessaire." 😂😂

Moi: C’est pas encore du recyclage, ça date d’hier. 🤣 Et je l’avais relevé à l’heure mais c’est difficile d’aller plus vite que la musique, toi qui es pianiste, tu devrais savoir de quoi je parle. Sacré B!



Jeudi

Je crois vous avoir déjà raconté ma journée.

Du coup, vous pouvez pas savoir à quel point je procrastine.

Plan de travail pour plus tard:

  • Contester (encore!) le fait que la commune me facture, en sus de nos taxes poubelles privées et des sacs à moins de 2 balles (oui, c’est pas cher, ici), un montant annuel de 193 francs 85 pour l’élimination des déchets de mon entreprise 😥 La suite dans un prochain billet.

  • Aller me perdre sur le site des assurances sociales pour voir où je pourrais remplir un formulaire, mais lequel et avec combien de justificatifs que je n’ai pas et de tampons d’administrations qui sont fermées et en plus c’est en italien mais même en français je crois que je comprendrais pas. 🥺 La suite dans un prochain billet.

Vendredi

Happy to be! Avec mes amis le nain et l'ours Paddington.

Ce matin, je suis partie courser Eva mais j’ai pas croisé grand monde à part un gros meeting d’oiseaux dont notre fameux coucou, qui n’a pas attendu mai pour revenir. Dans la forêt, j’ai glissé sur des feuilles et atterri le cul sur des bogues de châtaignes. Quand je suis rentrée, on a dû sortir la brucelle. Photo :




Sinon, chez vous, ça va?

J’ai aussi appris que Christophe était décédé et c’est tout une partie de mon adolescence niaise et fluo qui est revenue à la surface. Je me suis rendue compte que je l’aimais bien, lui. Et comme le soulevait ma môman, non seulement il nous dira ses mots bleus mais en plus il préconisait déjà qu’un vent d’hiver soufflait en avril.


Il s’agit également d’une toile pas terminée et commencée début mars. Parfois, je ne les finis jamais et les recouvre au Gesso. Celle-là, je ne sais pas encore. Mais hier, j’en ai photographié une partie et j’ai peaufiné le truc avec mes outils de dessin numériques. Donc, cette peinture n’existe pas. C’est la magie du nuage.

A la fin de la matinée, j’apprends que tous les partis politiques sont d’accord avec le CF.

Sauf l’UDC.

😮

Qui trouve que l’allègement des mesures ne va pas assez vite.

La Suisse a voté. Vive la Suisse (bis repetita)

🇨🇭🇨🇭🇨🇭

Dans la soirée, nous constatons qu’un ami de Gilles a eu peur que je lui aie piqué son nain, croyant le reconnaître sur ma photo. Pour faire court, le nain de jardin, chez nous, il s’appelle le nain et c’est tout. Je l’ai acheté il y a quelques années pour faire un gag à mon frère quand on est allé camper un week-end avec gamins, ados et bagages à Yverdon. Depuis Bienne et la Broye, je vous dis pas le dépaysement et vu que le camping c’est notre truc, j’avais pris le nain. Et comme dit Franssois, rien de dénigrant là-dedans. Allez expliquer que je possède une personne de petite taille de jardin que j’ai choisi avec soin dans une grande surface et qui si ça se trouve est estampillée made in China. En plein milieu de la nuit, le copain il descendait avec sa lampe de poche dans ses plates-bandes pour vérifier si son nain était toujours là. Moi je pense que le genre de comportements que je provoque, un vendredi soir en plein confinement, c’est limite dangereux. Résultat de la course, Simplet était toujours aux affûts, aussi dans le Nord vaudois. J’ai toujours dit que je n'avais rien à voir avec le Front de Libération des Nains de jardin. Vous voulez pas me croire.

C’est le mien! Je l’ai payé avec des Superpoints.

Aujourd’hui, j’ai plutôt écouté Nabucco, de Verdi. Va pensiero sull’ali dorate. Va pensée sur tes ailes dorées. Mon arrière-grand-mère a donc fait de la prison à Turin car elle a mené l’insurrection des femmes tisserandes piémontaises contre les industriels qui les exploitaient. Exilée à Renens, elle aura six enfants et donnera à chacun le prénom d’un héros d’opéra. Mes deux grands-pères ont chacun vécu la Mob pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le Tessinois a entretenu avec ma grand-mère Violetta une correspondance régulière durant six années entrecoupées de longues séparations. Lui qui avait été élevé par sa mère seule et qui avait rencontré son père à l’âge de 12 ans. C'est son institutrice qui les avait présentés. Le patriarche revenait de San Francisco, il était venu chercher le gamin à l’école. Niveau histoire du peuple, on est chargé, et je ne vous raconte encore pas tout. Il y aurait de quoi faire un roman. Illustré, car les archives du côté de Lausanne sont vachement bien tenues à jour.



L’anziano au béret, c’est mon arrière-grand-père, appelé l’Américain à son retour. Le sosie de Brassens, c’est mon grand-père, qui avait fui le Malcantone puis est revenu y finir ses jours. Le gamin avec la tête dans le foin, c’est les archives lausannoises, qui sera plus tard fiché par la Suisse pour s’être rendu, entre autres lieux déconseillés, à Berlin-Est. La gamine coupée au premier plan, c’est ma tante, qui a une fois de plus mal calculé le déclencheur du self-timer. Derrière, c'est le hameau qui a un peu changé. Il y a juste une piscine en plus et quelques Suisses allemands. 😂


Allez, mon pôpa, le choeur des Esclaves hébreux, c’est pour toi. Mais on est bien d’accord qu’au niveau de l’oreille, on préfère une version moins confinée.



Il est 15h18, c’est Byzance, je vais avoir le temps d’aller écouter pousser mes fleurs. Ou peut-être pas, voilà Franssois qui veut me faire sortir mes bottes. 🤨

Amitiés, uniti c'è la faremo et puis tout le chenit. 💐👏🏼

P.S.

Les chats vont bien, les lézards un peu moins. Depuis hier, on en héberge deux à l’intérieur du domicile, arrivés à l’issue d’une fausse manipulation féline. Un pour chacune. Même le Boulet a réussi à bouger son cul, c’est la première fois depuis le hanneton moudonnois à demi assommé sur la vitre. Nous avons donc un lézard sous le buffet du séjour et un autre sous la commode de l’entrée. On les a appelés Dupond et Dupont. C’est pratique, la nuit, si le zoo s’ennuie, ils peuvent tous jouer ensemble.

Et Chaï, elle trouve aussi que faut pas aller moins lentement que nécessaire.