• Karin

Bof

J’imagine bien que vous vous en lavez les mains au gel hydroalcoolique ou à ce que vous voulez mais cela fait des semaines que je me heurte à la page blanche de la piètre blogueuse que je suis. Franssois s’apprête à sortir de son estivation en produisant un texte que je me demande déjà avec angoisse comment illustrer et la prochaine Photo du Mois du 15 arrive à grands pas avec un thème d’une rare complexité que je ne sais pas comment contourner. L'autre matin, c’est ma copine Cécile qui depuis son Paris sous cloche met fin à mon blocage en me demandant de lui raconter mes aventures tessinoises.


Ce billet devait s’appeler Fin d’été puis éventuellement Début d’automne pour finalement à presque mi-octobre et juste avant la sortie dans tous vos magasins en lignes des déco de Noël s’intituler Bof.

Bof, j’ai envie de répondre à Cécile. Et sous prétexte de lui montrer à quel point notre vie est plate, je lui narre la pose de la chatière. Oui, car comme tout bon propriétaire un peu pingre qui se respecte, je me suis finalement résolue à mettre en route le chauffage et à fermer les fenêtres. C’était juste avant que la buée ne nous sorte de la bouche quand on parle (je rappelle que l’on n’a pas encore l’obligation de se masquer à domicile) et que l’on reste collés par le froid sur la cuvette des toilettes. La chatière, donc, qui ne fonctionne pas avec une puce. Car qui dit puce dit collier. La dernière fois que l’on a mis un collier à Chaï, elle a failli se pendre sur le tuteur d’un framboisier.


Pour ouvrir la chatière, l’animal qui qu’il soit (chat, chihuahua, lézard, crapaud, fouine, dahu)

et dire qu’il est presque minuit lorsque j’écris ça

clap, clap, clap, clap

l'animal doit donc pousser avec le museau ou la patte. Alors que contre toute attente Le Boulet comprend du premier coup et arrive à passer son quintal sans rester coincée, Yamamoto se braque, une lueur un brin stupide dans le regard. Un jeu, un leurre, ai-je compris plus tard. Un truc de paresseuse. Elle arrive très bien à l’utiliser quand elle n’a d’autre alternative. Quelle hypocrite bestiole, sous ses airs d'ex-chaton cro mignon! Quant à Crapule, elle en use et re-use, clap, clap, clap, clap, même lorsque la porte est ouverte. Ici, alors, elle reste coincée après avoir embarqué le montant avec sa panse et une opération de sauvetage s’impose. Juste après la leçon de chatière-école avec l’autre ouistiti qui ne pige que dalle. Quand je m’écoute lui parler, je me fais penser à une instite.

De quoi agrémenter quelques longues journées grises et pluvieuses. Le Tessin essuie ses deuxièmes inondations en deux mois. Le soleil peine à refaire surface durablement. Comme d’autres, on a passé d’un dernier après-midi de canicule, sans savoir que c’était le dernier, à un lendemain où la neige saupoudrait des proches sommets.



Luino et les alentours du Lac Majeur après les intempéries de début septembre.

Aux lendemains des déluges, on trouve sur les berges du lac des monticules de bois flotté. De quoi fabriquer des porte-fleurs qui, agrémentés d’hortensias du jardin, produisent leur petit effet sur le marché d’Ascona. En plus de mes originaux, bien sûr. 😅 Une fois peut-être je vous parlerai de ce nouveau monde que je découvre, celui des artisans et des marchés mais comme j’étais à la base partie pour ne rien dire et que c’est pas gagné, je garde ce sujet pour combler une prochaine page blanche.

A quelqu’un qui répond être déjà allé au Tessin en visitant Ascona, mon père réplique en rigolant que ce n’est pas le Tessin. Mais j'admets qu’elle est sehr schön cette petite ville, et plus spécialement le centre historique et les quais. Les constructions alentours, comme souvent dans ces contrées, on dirait plutôt un concours international d’architecture des plus douteux. Quand je pense que pour changer une fenêtre sur la façade de l’atelier, il faut que je remplisse un formulaire en trois exemplaires pour Bellinzona, ça me rend le Lego qui me fait face sur la rive du lac encore plus purulent. Mais revenons à nos moutons (qui est un terme à ne pas trop utiliser en ce moment, avec noir, femme et Bill Gates.) Ici, à Ascona, tout est zu vermieten et Tagesmenu. Néanmoins, le Welche est également bien présent.

Il faut reconnaitre que Ticino Turismo a mis le paquet, en Suisse romande aussi, en présentant notre canton comme la planète terre à lui tout seul. Le Tibet à Curzùtt, la Californie dans le Mendrisiotto, Rio de Janeiro à Lugano, voire Genève avec son petit jet d’eau. C’est dire la comparaison mondiale.




Donc en ce moment, Madrid ou la croisière en Méditerranée n'étant pas tendance, si on ne veut pas aller en territoire sprunz ou à la Chaux-de-Fonds, allez hop! on s’embarque à Ascona, ses palmiers, son marché artisanal (ouarf, c'est fou ce qui peut encore nous arriver d'Asie) et régional (ouarf, il y a un exposant qui vient de Stein am Rhein) et sa pizza sur les quais à 28 balles.

Comme je ne veux pas me mettre mal avec Ticino Turismo, voici quelques photographies des jolis côtés d'Ascona.


Je réchauffe ci-dessous un petit post publié sur Facebook après une journée au marché mais tout le monde n’a pas la chance d’avoir Facebook. On remarquera que je n’ai pas mis de points de suspensions ni usé d’émoticones.




La bancarella de ce jour était située à côté du panneau I ❤️Ascona.

Et tout le monde veut se faire tirer le portrait devant cette devise avec le lac Majeur en arrière-plan. La photographie la plus courue semble être celle du couple posant sous le coeur. Ensuite, il y a des variantes.

Le corps cachant le I,

le coude sur le A,

le cul dépassant du O,

trois personnes dont une tenue par les pieds pour faire le N.

Ça dénote d’une grande créativité, également dans la pause plus ou moins élaborée de l’instagrameuse lambda. Au niveau de l’habillement, il paraît qu’on ne peut plus trop émettre de jugement, chacun se vêt comme il lui plait et puis basta.

Je pense qu’on ne va pas donner dans la dentelle dès le printemps prochain. Parce que si j'ai bien compris, maintenant, on peut même se balader à poil, pourvu qu'on soit masqué.

Mais revenons à nos touristes et leurs souvenirs de vacances. Photographiés avec ou sans protections. Plutôt sans, quand même. A ce propos, je viens de voir passer un masque version hiver en laine polaire, je vais pleurer. Les prises de vue s’enchaînent, en selfie, en solo, en groupe, éventuellement aidé par un quidam. C’est de surcroît une galère à cadrer sans se prendre les pieds dans la poubelle ou le stand du fromager en reculant. Il y a toujours un autre plouc dans le champ. Bref, pendant les temps morts, je n’ai pas de quoi m’ennuyer, je regarde le spectacle. Au prochain remplacement j’espère avoir la bancarella du fromager (je mettrai des bottes de paille) pour pouvoir faire des photos en coulisse ou des études des cas.


En parlant de cas, ici, la vie ressemble à celle d’avant. Le marché devrait se parcourir dans un seul sens mais personne ne voit les flèches. Quelques exposants ont mis des scotch par terre que l’on piétine. Les affichettes covidiques se superposent mais personne ne s'y attarde, d'ailleurs c'est laquelle celle de ce mois? Des gens s'enlacent et se font des becs. Et ça ne me choque pas? me direz-vous, moi qui étais la première à m’offusquer au mois de mars et à tomber à pieds joints dans la paranoïa ambiante. Non, je profite du fait que l’on est en plein air et que l’on voit du monde, que l'on discute, que l'on goûte du paysage sans devoir se plaquer un bout de tissu collant sur la tronche qui en plus tronquera une bonne partie de notre champ de vision. Le Tessin vient de prendre la décision d’obliger le port du masque dans les commerces et si ça se trouve, les éventuels marchés de Noël auxquels je suis inscrite se feront avec un déguisement supplémentaire. Au secours! Je ne sais pas si c’est ma corde artistique qui me fait réagir aussi violemment mais je fais un rejet, visuellement parlant. Je suis heurtée par ces images sur certains médias où le masque est maintenant omniprésent dans n’importe quelle situation et l’on s’en fout s’il est porté de manière rocambolesque, s'il est fait avec une vieille chaussette ou s’il a servi à essuyer le pare-brise. Tout comme ces avertissements que l'on commence à voir maintenant : Tourné avant la pandémie. De tous temps j'ai toussé devant ce qui ressemble à du matraquage ou du lavage de cerveaux. Je ne nie pas l'importance de cette cochonnerie mais certaines décisions désordonnées, incohérentes et hypocrites me laissent sceptiques et les mesures soufflées par la Task Force que s'apprête à prendre le canton de Genève me dérangent profondément. Voilà, je me pose quelques questions, comme tout le monde, sans être complotante, ainsi que veut me faire dire mon correcteur. Et je m’arrêterai là pour aujourd’hui. Mais en esquissant à peine tout ce qui nous pend encore au nez et les retombées de cette chose sur les années à venir, en attendant la prochaine parce que l'on n'a finalement rien compris, je me sens un peu... bof.

Alors, pour nous changer les idées et sans aucune chronologie dans le texte, nous avons tâté du soleil romand quelques jours en allant apporter des toiles dans une boutique de Vevey en plein Festival Images.




Puis, dans un autre style, nous sommes allés visiter l'exposition en plein air Bosson'Art en traversant ainsi les campagnes vaudoises et fribourgeoises. De bleu ce que c'est plat, ça fait bizarre!

Et nous avons vu les nôtres sans devoir nous annoncer aux autorités ni leur dire quelles mesures sanitaires nous avions prises entre nous. Hop, je l'ai placé. Ça c'était pour la postérité, l'histoire, quand on relira ce post dans trois mois. Joyeux Noël!



Bien que la grêle ait haché la vigne, il reste toujours du raisin à ne savoir qu’en faire. Si nous étions équipés pour fabriquer de la grappa, on obtiendrait de quoi tenir l’entier du bled au chaud pendant tout l’hiver (avec modération). L’un de mes grands oncles possédait un alambic et produisait en douce dans une vieille cave mais un jour, en compagnie de mon grand-père, il l’a fait exploser et tout le hameau en a tremblé. Les deux compères sont revenus à la maison échevelés et peu fiers et ont oublié leurs émotions en ouvrant une bouteille de l’année précédente. A la tombée de la nuit, sous la tonnelle, beurrés comme des Petit Lu, ils ressassaient encore leurs exploits qui avaient pris une tournure romanesque.

Donc, sans alambic, ce sont des confitures que je cuisine à tour de bras.

Cette variété de fruit est appelé ici raisin américain. Il n’est pas très agréable à manger car il a une peau assez dure. La pulpe est réunie en boule, les grains sont parfois trop présents mais le goût en est particulier, sucré et savoureux. Le raisin noir est celui que l'on trouve le plus, mais il en existe également du blanc. C'était la minute bio et politiquement correcte.



Je finirai ce billet sur quelques balades à Sessa, Breno et Miglieglia, villages des alentours, en y plaçant subrepticement l'ex-chaton cro mignon comme dans tout Journal de Bord qui se respecte et en remerciant encore ma copine Cécile, qui en vrai ne s'appelle pas du tout Cécile, mais qui a réussi avec ses questions anodines à débloquer mes doigts sur le clavier.

Comme elle et moi sommes bilingues, je vous envoie mes cari saluti et andrà tutto bene de circonstance et vous quitte sur ces images, j'ai confiture.