• Karin

PQ

Franchement, je ne sais pas vous, mais en cette soirée du 18 mars 2020, qui est, notons-le tout de même, la Journée mondiale du recyclage (je vous laisse méditer un instant là-dessus), je suis saturée avec ces gags sur le PQ. J’en peux plus. Il y a d’autres choses, aussi, qui me désespèrent, mais ça, je n’en peux plus!

Et s’il faut vraiment parler carte hygiénique (je suis bilingue 😅), je vous la fais courte. Hier, je me suis sacrifiée pour la corvée des courses. Cela faisait un moment déjà que nous avions réduit nos déplacements. Nous nous étions débrouillés avec le contenu des placards et ce que nous pouvions trouver à l’épicerie du village. Pas le choix, il fallait maintenant y retourner et acheter notamment du PQ, un truc normal, comme je le faisais pas plus tard qu’il y a trois semaines, avant ce machin.

Je pense avoir passé un cap dans ma façon de vivre ces événements au moment où je suis arrivée devant le magasin. Tout comme j’en ai vécu un après avoir vu le reportage de Temps Présent sur le début de l’épidémie en Chine. Peu avant cette diffusion, nous en étions encore ici à quelques blagues, presque aussi chouettes que celles du PQ, sur les Asiatiques qui sont nombreux en Lombardie voisine.

L’atmosphère est lourde. Les gens portent des masques, des gants, certains s’enroulent dans leur écharpe. N’ayant pas pu trouver de lotion désinfectante, je m’étais munie d’une paire des gants médicaux que j’utilise pour manipuler la résine et je craignais de paraitre ridicule. Je me fonds pourtant aisément dans la masse. Il me manque même des accessoires. On fait des crochets pour s’éviter, plusieurs se protègent avec leurs mains lorsqu’ils se sentent approchés de trop près. Chacun s’évite et se regarde à peine, comme si cela aussi pouvait tuer. Devant le supermarché, de taille modeste, un Securitas nous fait entrer seulement lorsque quelqu’un sort. Ce fut long. Il ne laisse pas ma fille m’accompagner. Une fois à l’intérieur, pas de publicité ni de musique en toile sonore mais les consignes de sécurité en boucle. Je croise trois personnes au gré des rayons, ambiance feutrée, regards apeurés, chacun semble retenir sa respiration. Et à la caisse, tadam, fin de la guerre! L’employé n’a pas de masque. Aucune barrière, trace sur le sol, sécu, sas de désinfection, rien, que dalle afin d’empêcher le retraité à mes basques de poser ses marchandises sur le tapis après moi puis emballer ses courses à mes côtés. Et j’ai même la Supercard. Au revoir, merci, bonne journée. Incohérence ? Deux poids, deux mesures? Métaphore ?

Pour rappel, j’habite au Tessin, le premier canton suisse touché par le virus. Les Tessinois ont assez vite tiré la sonnette d’alarme et demandé des mesures. Le Conseil fédéral en a pris certaines en continuant à laisser entrer quotidiennement 70’000 frontaliers venant de Lombardie. Au nom de l’économie.

Mais ne vous méprenez pas, pour l’instant j’aime encore bien rigoler. Sinon, il ne resterait pas grand chose. Au rayon des gags récurrents, on peut espérer que les acheteurs compulsifs doivent également faire l’école à la maison. Il y a une tonne de bricolages hyper sympas à réaliser avec des rouleaux de PQ vides. C’est une ancienne instit qui vous parle. Je suis certaine que quelqu’un se chargera bientôt de leur partager des liens. Si ce n’est pas déjà fait, le temps que je ponde ce texte. Et que l’on soit déjà le 19 mars. Date, d’ailleurs, qui ne correspond à aucune réjouissance pour l’instant. Faut vous dépêcher, les gars, c’est libre ! Le 19 mars peut encore être décrété Journée mondiale du PQ. Le 20 mars, il sera trop tard, c’est celle du macaron. Je n’invente rien. Vous tapez : journée mondiale point com et vous vous bidonnez un moment.

Pour finir sur une note plus personnelle, vu que nous recevons un certain nombre de messages inquiets ces derniers temps, je vous informe qu’à ce jour nous allons bien. Nous sommes plutôt bien lotis, nous habitons un bled paumé! Même si le hameau s’est un peu repeuplé ces derniers jours, il y a peu d’agitation parmi les 29 habitants et demi (la voisine est enceinte) ainsi que les 6 chats, un chien, deux chevaux, 5 poules, un coq et 3 oies. J’ai compté un peu à la louche, je peux m’être trompée avec les poules. Nous foulons l’herbe à la porte de notre maison et regardons les fleurs pousser. La forêt est à quelques mètres. Et nous voyions déjà les poissons à travers l’eau de l’étang avant cette m€r$d♨︎.

J’ai une énorme pensée pour tous ceux qui n’ont pas cette chance. Pour tous ceux qui ne peuvent plus sortir et n'ont même pas un balcon. Je vous envoie quelques parcelles de couleurs et des bises, très lointaines, depuis nos vallons. Prenez soin de vous.