• Karin

J'ai appris à lire avec lui



Feuilleter en 2016 l'édition de Mon premier livre de 1969, qui était encore utilisé pour enseigner la lecture aux écoliers vaudois en 1977, c'est se replonger dans un monde d'illustrations désuètes et de stéréotypes hilarants, dans lesquels nous autres quarantenaires et cinquantenaires avons été baignés dès nos apprentissages les plus basiques.

En regardant le diaporama ci-dessous, laissez votre mulot sur les images, vous pourrez ainsi profiter des légendes offertes par la maison*. Vous n'avez que votre index sous la main ? Mauvaise idée. Ce blog est essentiellement fait pour être vu sur un ordinateur. Bien que je paie l'équivalent de la surveillance de 3 heures d'arrêt à mon hébergeur pour vous éviter de la publicité intempestive, il n'a pas encore réussi à m'offrir une version correcte pour smartphones et tablettes.

* non, pour l'instant plus, mais j'y bosse 😅

Dès la page 2, le décor est posé. Maman s'occupe de bébé, papa fume la pipe et avec Mimi, ils forment une jolie famille bien lisse. Des questions ? Non, alors continuons.


Plus loin, on constate que l'on nous représentait une chèvre dotée de testicules. Pas étonnant dès lors que nous ayons été si peu au point sur les choses de la vie par rapport aux générations actuelles.


On réalise également qu'en ces temps-là, on est encore très loin, mais alors très loin de la Journée Oser tous les Métiers.


A l'époque, les CFF sont une institution qui mérite sa place dès le chapitre 23, les wagons sont tous bien accrochés et prêts à partir sur le quai et personne ne distribue d'attestation de suppression de train à présenter à son employeur ou à sa direction scolaire.


Les Roms sont parfaitement intégrés et s'appellent Nadine, Louis et Tom. Et comme la mère prépare la soupe, ils se fondent parfaitement dans le décor.


Le seul risque qu'une fille pouvait prendre en se baladant avec une jupe trop courte était de nous dévoiler sa petite culotte blanche en croisant une oie mal intentionnée.


Je me souviens de ma fierté lorsque je suis arrivée à la fin de l'ouvrage et que j'ai pu lire toute seule l'histoire du nègre Zo'hio. Le mot "nègre" ne nous choquait pas plus que ça. D'ailleurs, c'est ainsi que dans les premières pages on nous faisait assimiler la lettre "n". Loin de nous le racisme sous-jacent de cette fable et les têtes au choco, refermer l'ouvrage après cette édifiante lecture ne signifiait qu'une chose : nous étions désormais prêts à nous attaquer à tous les livres de la bibliothèque si nous le voulions et d'insoupçonnables horizons s'ouvraient alors à nous.



Je laisse volontairement l'image en format XL afin que vous puissiez apprécier le début de cette lecture. Les trois premiers paragraphes en sont de loin les meilleurs.

Références :

Mon premier livre, Illustrations de Marcel Vidoudez, Ed. Payot - Lausanne 1969

Histoire du nègre Zo'hio, Marie Colmont (paix à son âme), Les petits Pères Castor, Ed. Flammarion

Et peut-être vous délecterez-vous comme moi de lire cet article de mon maître Antoine Duplan, où l'on apprend que l'illustrateur Marcel Vidoudez arrondissait ses fins de mois avec des dessins érotiques et passait allègrement de Mon premier livre et du Manuel d'histoire biblique à des esquisses libertines exécutées sous le manteau.

https://www.letemps.ch/culture/2013/03/22/pedagogue-jour-pornographe-nuit

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