• Karin

Le bisse du Levron


Photos ©KA's

Elle est fort sympathique, cette balade, même si deux jours après il faut encore subir les conséquences musculaires dues au passage brutal entre une petite vie sédentaire et quelques six heures de marche sur 17 kilomètres de sentiers pédestres.

On avait pourtant lu trois à quatre heures de course, ils sont rigolos, ces Valaisans. A ski, peut-être.


En partant depuis la station intermédiaire de la Chaux Express, on contourne la cabane Mont-Fort à 2457 mètres d'altitude pour tomber sur les méandres d'une rivière qui, vus de là-haut, font penser à un fleuve chinois serpentant entre les rizières. C'est ici que ce bisse, datant du XVème siècle, prend son eau.

Le parcours aux alentours des Ruinettes est un poil moins agréable, sachant qu'il faut faire abstraction des pylônes et autres constructions lourdes qui défigurent la montagne. Mais alors que je franzweberdise, je dois bien admettre avoir pris un télécabine et un télésiège pour arriver jusqu'ici. N'oublions pas non plus que nous sommes au-dessus de Verbier, avec ce que la station amène comme touristes de choix. Tout se perd, chère Madame, le Français et le Polonais ne dit pas bonjour lorsqu'on le croise sur un sentier. Par contre, il est assez étonnant de déceler, parmi cette immensité de pâturages, un instinct grégaire implacable qui veut que l'Anglais choisisse de pique-niquer juste sur le chemin, à tel point qu'il faille enjamber quelques mollets rougis pour pouvoir passer. Sans parler de cette randonneuse - et désormais je tairai toute nationalité - qui s'arrête pour bidouiller dans son sac en nous présentant son arrière-train, alors que nous mangeons à deux mètres derrière elle. Mon ami essaie de localiser le Grand-Combin sur son smartphone, il se heurte à un Grand-Derche dont l'application ne trouve pas le nom. Ici, il n'y a pas que les mouches qui sont tenaces. Et c'est en espadrilles et tout de blanc vêtus que certains ont pu voir une vache en vrai, de la race d'Hérens qui plus est.


Sur la terrasse du restaurant de la Marmotte, quelques vieilles-belles liftées s'offrent un rösti en contrôlant du bout de l'index la tenue de leur mascara attaqué par ce petit air d'altitude. Elles n'ont pas posé leur collier de perles, ni leur petite robe griffée, vu qu'elles sont montées jusqu'ici en Porsche Cayenne. Plus loin un Italien - oups, j'avais dit que j'arrêtais - a pensé que comme il allait en montagne, il se devait de porter un pantalon trois quarts en velours côtelé laissant voir de grosses chaussettes en laine. Mon grand-père avait le même équipement lorsqu'il montait au chalet. La canne en plus.

Bon, à la base, vous me direz, c'est le bisse qui nous intéresse. Alors, retournons-y. Dans la forêt, il côtoie les sculptures de notre William Besse national, celui qui, avant cela, faisait du ski. Puis, tout à coup, au détour du chemin, sans prévenir - c'est pas tout à fait vrai, cela fait un moment que l'on suit un panneau jaune "Chute du bisse" - il se jette dans le vide et nous laisse les bras ballants, nous qui avons même bu son eau en tablant sur la robustesse de notre système immunitaire.

Il ne nous reste plus qu'à descendre sur Verbier et là, on ne dira jamais assez qu'il est relativement intelligent de se munir d'une carte pédestre. Ce dernier tronçon n'est pas le plus intéressant de la balade et nous n'avons jamais trouvé la navette qui aurait pu nous ramener à notre point de départ.

D'où cette appréhension rien qu'à la pensée de grimper la plus petite marche d'escalier depuis deux jours.

Photos ©KA's

http://www.musee-des-bisses.ch/bisse/bisse-du-levron

http://www.les-bisses-du-valais.ch/fr/Bisse/Bisse-de-Levron/

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