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  • Karin

On est tous des boeufs (et ceci bien malgré nous)



Vendredi 13 novembre au soir. J'assiste au repas de soutien pour le voyage d'études de la 11VP02 lorsque l'attention de certains est soudain attirée par les alertes de leurs téléphones portables. De celles qui avertissent pratiquement en direct si Federer a gagné son match ou non. Or, cette fois-ci, notre héros national n'y est pour rien. Les trottoirs de Paris ont essuyé plusieurs fusillades et des terroristes ont pris le public du Bataclan en otage.

De retour à la maison, il faut attendre l'heure d'aller rechercher la donzelle en plein coeur de la brousse broyarde. Alors, forcément, j'allume la télé. Et je tombe sur un verbiage stérile, une anarchie de mauvaises images en boucle, des envoyés spéciaux aussi empruntés les uns que les autres. J'admire. Il faut être sacrément doué pour parler pendant des heures et n'avoir strictement rien à dire. De plus, l'emploi du conditionnel présent et passé est parfaitement maîtrisé.

Les jours suivants, la bouillabaisse s'épaissit. Spéculations, rebondissements, rattrapages, appropriations, leçons de morale, nous voulons tous la paix dans le monde mais Daesh est parmi nous. Me voici noyée dans les témoignages, les images crasses, le voyeurisme et les bonnes paroles. Et si je veux penser par moi-même, je peux ?

Mercredi, nous sommes foutus. Diesel, un chien policier, est mort dans un assaut du RAID et les internautes s'émeuvent. La pauvre bête. Les hastag #jesuischien et #RIPdiesel font alors leur apparition. Bah, tiens, cela en énerve quand même certains. Mais à l'heure où #jesuisParis, ça pose un homme, je ne vois pas pourquoi #jesuisunmollusque ne le ferait pas.

Mercredi toujours. L''étau se resserre et je rallume ma télé. Pour voir des policiers en déploiement dans les rues, poursuivis par une meute de téléphones portables tressautants. Sans oublier qu'au bout de chaque appareil, il y a un con qui ne sommeille plus. Le badaud laid nouveau est arrivé, santé !

Ah zut, Machin n'a pas pu obtenir d'images. Qu'à cela ne tienne, le microphone, ça existe. Ecoute, c'est du lourd ! Des déflagrations tellement fortes qu'on avait cru comme si on aurait la guerre. On constate qu'ici, le conditionnel n'a pas été bien travaillé. Journaliste, c'est un métier, quand même.

S'il y a bien une loi qui se perd, c'est celle qui interdirait aux médias d'acheter les images de ces imbéciles. Admettons qu'un policier, excédé, envoie une torgnole à la personne qui lui souffle sur l'épaule en affinant sa prise de vue, ce sera encore de sa faute. Sale flic, va ! La violence policière est un réel problème. Il faut en parler. Tout de suite, notre envoyé spécial à Perpète-les-Idéaux.

Comme beaucoup, j'ai été touchée par cet attentat. Par sa proximité, son envergure, par le public qu'il visait. Comme certains, j'ai eu quelques remords à moins m'émouvoir sur des attaques similaires perpétrées au coeur de l'Afrique ou au Proche-Orient. Je pense aux morts, aux blessés, à ceux qui ont perdu leurs proches et à ceux surtout qui devront finir leur vie hantés par des images terribles. J'appréhende la suite et je me dis : pauvre monde.

Oui, pauvre monde. Celui que quelques fous n'ont pas fini de faire saigner et celui que vomit notre société médiatisée et réseaux sociabilisée.


N.B. Je n'ai rien contre le mouton, en soi. D'ailleurs, #jesuisgigotàl'ail. L'image en titre est de René Maltête, photographe et poète du milieu du siècle dernier, qui avait le don de piéger dans son objectif des tranches de vie insolites. Vous en trouverez d'autres en cliquant avec votre mulot sur les liens ci-dessous.

P.S. du N.B : Sur un autre site, j'ai vu la même image, mais expliquée avec des dessins. Comme quoi le mollusque a de l'avenir.


http://rene.maltete.com

http://www.wikilinks.fr/images-insolites-et-pleines-dhumour-par-le-photographe-rene-maltete/

#jerâle #lesréseauxsociauxetmoi #actualité