• Karin

Les Vieux Fourneaux



- Ben ça y est, on a déjà une heure de retard. Tout ça pour te trouver des nippes d’après-guerre.

- Oui, ben, heureusement que monsieur Padoux m’a dépanné, hein…

- Une pelure en couille retournée et un falzar trop court, j’appelle pas ça un dépannage.

- Il est sympa, monsieur Padoux. Sans lui, la résidence Meuricy serait pas la même.

- Meuricy ! Tu parles d’un nom à la con pour une maison de retraite. Et tu peux me dire pourquoi tu embarques du pain à une crémation ? Tu veux te faire des tartines grillées ?

Le ton est mis, le décor est posé. Les Vieux Fourneaux, ce sont Pierrot, Antoine et Mimile, d’anciens potes syndicalistes retraités n’ayant pas tout à fait terminé la lutte. A l’image de Pierrot qui participe à un groupe d’action de non-voyants anarchistes et compte «faire chier le monde encore un moment, vu qu’à son âge il n’y a plus que le système qu’il peut besogner. »

Dans le deuxième tome, l’attentat gériatrique se précise, le groupuscule s’organise et trouve son arme de destruction massive en la personne de Jean-Childéric, dit Jean-Chi, qui peut se « vider le moutardier sur demande », l’incontinence étant venue au service de la cause. Ce beau monde est hébergé par Fanfan la Chaudière, une anarchiste de coeur âgée de 91 ans qui prend des cours de « aquigne ».


La moyenne d’âge de ces deux premiers volumes de bande dessinée est quelque peu revue à la baisse avec la présence de Sophie, petite-fille de leur amour de jeunesse qui s’est fait «bomber la guérite » par un géniteur inconnu. Bien qu’elle estime que la vieillesse soit un fléau mondial et que ses nouveaux amis fassent partie de la pire génération de l’humanité, à savoir celle qui en quatre-vingts ans a épuisé toutes les ressources de la planète, la jeune femme a la langue tout aussi acérée que la vieille garde et va se retrouver embarquée dans les aventures de ces papis revanchards.




Wilfrid Lupano nous offre des dialogues dignes de Michel Audiard et pointe du doigt avec allégresse les modes ridicules de notre société bien-pensante.

- Hansel et Gretel, elle ne le faisait plus, à la fin.

- Ah bon, pourquoi ?

- Plusieurs maires de la région n’achetaient plus le spectacle car certaines associations se plaignaient qu’on utilise les budgets culturels pour un spectacle qui incitait les enfants à manger des sucreries. Ils réclamaient une application plus stricte du programme nutrition et santé, genre « cinq fruits et légumes par jour, et bouge ta couenne. »

- Ha, ha, ha ! Les cons ! Hansel et Gretel avec une maison en brocolis et des fenêtres en navets ! Ha, ha, ha ! Monde de merde !

Dans le deuxième volume, on se délecte avec le gag récurrent de la boulangerie industrielle qui joue la carte artisanale, proche du client bourgeois-bohème.

- Bonjour, une baguette s’il vous plaît.

- Oui, vous voulez quoi ? La Sarmentine ® ? La Fleurimeuline du Papé ® ?

- Non, juste une baguette.

- Ah, bah, oui, mais il faut me dire laquelle, Monsieur.

- Une comme ça, là.

- La Grand Siècle ® à la farine de meule ?

- Non, l’autre.

- La Câlinette ® ?

- Pfff… La Câlinette… Filez-moi deux pains aux raisins, finalement.

Quant au dessinateur Paul Cauuet, il croque une galerie de personnages truculents aux expressions plus vraies que nature.


Le troisième volume sort aujourd'hui et si je me réjouis déjà de le lire en tout cas deux fois comme les précédents (la première pour la découverte jubilatoire, la deuxième pour examiner tous les détails), j’ai une terrible appréhension après avoir découvert le titre : Celui qui part. Non ! Ils ne vont pas nous faire ça !


Liens sur :

- le site de l'éditeur http://www.dargaud.com/bd/Vieux-fourneaux-Les/Les-vieux-fourneaux/Les-vieux-fourneaux-tome-3-Celui-qui-part

- la page FB des Vieux Fourneaux https://www.facebook.com/Les-Vieux-Fourneaux-217253485142590/

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