• Karin

Petits arrangements avec la médecine



Deux béquilles sur un tas d'incompétence

La médecine et moi, c’est une longue histoire d'anamour. Heureusement épisodique. Peut-être est-ce dû au fait que j’ai toujours eu du mal à appeler quelqu’un « docteur », tout comme mon esprit buté s’est toujours refusé à s’aplatir devant mes directeurs et directrices. Peut-être que j'entre dans un hôpital avec une certaine aura négative due à mes expériences passées. Quoi qu'il en soit, certains éléments me font douter de la qualité de communication dans ces boîtes.

Le jour de l’opération, lorsque l’infirmière m’a dit qu’elle allait me préparer le pied droit, je lui ai demandé à quelle heure elle comptait préparer le gauche. « Ah bon, parce que vous faites les deux ? » Avant de repartir avec son dossier incomplet sous le bras pour faire des téléphones et vérifier la chose.

Le problème réglé, l’anesthésiste a ensuite voulu que je lui explique à quel endroit exactement on allait m’ouvrir pour pouvoir faire ses injections. J'ai commencé un peu à chauffer et je lui ai répondu que je n’étais pas chirurgienne et qu’il fallait peut-être qu’il se renseigne ailleurs, à moins qu’il ne soit prévu que je m’opère moi-même.

Pendant ce temps-là, une infirmière mouline autour de moi en se plaignant des directives qui veulent maintenant que tout le matériel utilisé sur le patient soit immédiatement scanné. Comme si j'étais actionnaire dans cette usine et que j'y pouvais quelque chose. A l'instant où elle compte les compresses collées sur mon cathéter pour bipper le bon nombre de codes barres dans sa machine, je me demande si elle va me demander ma carte Cumulus.

Dans le bloc, le médecin assistant se la joue Grey’s Anatomy avec les deux instrumentistes. Impuissante avec mon harnachement, j’aurais rêvé pouvoir me lever de la table, aussi digne que possible avec ma charlotte sur la tête et ma chemise ajourée aux fesses. « Écoute, mon gars. Ça fait deux ans que je souffre quasi quotidiennement à cause des conneries de tes collègues que je ne pourrai jamais prouver. Actuellement, j’ai juste une peur panique que l’anesthésie locale ne suffise pas et que je sente le scalpel m’entailler sur dix centimètres. Alors, tu prends un tout petit peu mon problème au sérieux et les minettes, tu les dragueras à la pause. »

Puis vient la gestion de la douleur. Un poème. Il y en a un qui te dit : « Ne laissez pas la douleur arriver car après c’est trop tard. Demandez des calmants tout de suite. » Alors tu en demandes. Et là on te dévisage comme si tu étais la douillette de service et on va regarder ce qu’on pourrait bien pouvoir te donner vu qu’il y a deux heures tu as déjà pu avaler un Dafalgan. Dans d'autres cas, tu as droit à la fameuse échelle de la douleur et ça, c’est un grand moment de solitude.

- Chiffrez votre douleur de 1 à 10 : 1 étant pas de douleur du tout et 10 représentant des douleurs insupportables. Alors, 3 ? 4 ?

- 7.

- 7 !!!???

Connasse.


Il y a deux ans, quand je pleurais dans mon lit en m’agrippant à la poterne avec mes os cassés, ils voulaient encore que je chiffre ma douleur. Je me souviens qu'à un moment donné, une des blouses blanches est venue me brandir une réglette sous le nez en croyant que je n'avais pas compris le truc de l'échelle. Pfff !

Et puis, ce qu’il y a de chouette, dans les hôpitaux, c’est que l’on partage sa chambre. Je me suis retrouvée avec une folle pétomane enseignante en arts appliqués qui n’arrêtait pas de parler et me montrait des photos et des vidéos de ses petits-enfants même lorsque j’ouvrais ostensiblement mon livre. Dans l'épisode précédent, j'avais une voisine aussi haute que large qui mourait toutes les nuits de sa prothèse du genou.


Le lendemain, à 7 heures, le médecin-chef a déclaré : « C’est bon, vous pouvez vous lever et partir. »

- Euh... vous permettez que j'appelle quelqu'un pour venir me chercher ?

- On a besoin de votre lit. Au cas où, vous attendrez un moment dans le petit salon.

Charmant.

L'important, vous me direz, c'est que je sois rentrée chez moi plus ou moins saine et sauve. Et même si je marche comme une femelle de grèbe huppé qui viendrait de pondre six oeufs, ça ne m'empêche pas d'écrire mes bêtises.

#jerâle #bazar

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