• Karin

Épisode 8 (fin de la première saison)

Ma semaine commence dimanche puisque celle d’avant s’est terminée samedi. Logique.

Dimanche, je suis donc partie me promener en direction d’Astano, village à un quart d’heure à pieds du hameau, qui tire d’ailleurs son nom du stagno (l’étang).




Ce n’est pas n’importe quel bled perdu dans le Malcantone, Astano. Il s’agit du lieu où naquit Domenico Trezzini, architecte baroque, mandaté en 1703 par le tsar de Russie Pierre le Grand pour un grand projet d’urbanisme à Saint-Pétersbourg. J’ai flâné dans les quelques ruelles et ramené des balcons et des fenêtres. Rien à voir avec le confinement, ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux ou autres allégories. J’ai toujours bien aimé collectionner les portes et les fenêtres en images. Et je suis passée par la place Saint-Pétersbourg d’Astano, sur laquelle on peut mettre au moins trois étals de marché.






Puis, j’ai dépassé le village et j’ai continué à grimper en direction du Monte Lema, sans intention d'en atteindre le sommet à trois heures de marche de là, la journée étant déjà bien avancée.

Mon seul but était de trouver un point de vue pour contempler le lac Majeur, ce qui fut chose faite après un certain temps et quelques lacets. Ensuite, partant du principe que plus c'est haut, plus c'est beau j'ai quand même voulu continuer un peu pour voir. En ce qui concerne le paysage, j'ai pu obtenir un rab avec une petite échappée sur Ponte Tresa et le lac de Lugano. Sinon, je me suis arrêtée un instant auprès de la tombe d'Harry qui s'est méchamment cassé la figure en mountain bike dans le coin, en déduis-je, d'après le vélo dessiné sur sa croix. Il est assez surprenant de trouver ce petit jardin entretenu en bord de chemin, en plein coeur d'une forêt, et rien ne manque dans les offrandes: eau bénite, coquillages, fleurs en plastique et boules de Noël. Lorsque plus loin j'ai dépassé deux gros cailloux, j'ai décidé sur ma lancée qu'il s'agissait de stèles mais il semblerait que les soldats dont les noms sont gravés n'aient rien fait de pire ici que de consolider la route de montagne.




J'ai également trouvé tout à fait par hasard 🤨un nouveau décor pour le Projet Blair Witch. Je ne cesse de m'étonner du nombre de maisons perdues au milieu de nulle part dont regorge le petit bout de maquis que je parcours à pieds. À se demander si leurs propriétaires se souviennent encore de leur existence. Au bord d'un chemin en friche, j'ai découvert une maisonnette branlante enfouie dans la végétation, avec une Range Rover envahie par le lierre et une machine à écrire. Oui. C'est pas dans mes habitudes de romancer, d'ailleurs je ne me pose même pas la question de savoir s'il peut y avoir un cadavre dans la baignoire remplie d'une eau trouble et brunâtre qui trône sur la terrasse. Par contre, je n'ai pas trop aimé le truc relativement gros et poilu qui est sorti du toit à ce moment-là.




Cette semaine, dans la série les réseaux sociaux et moi, j’ai découvert le groupe des Petites Tranches Poétiques. Déjà avant la guerre, ses adeptes s’occupaient en créant des sortes de Cadavres Exquis avec les titres de leurs livres et en les photographiant. Ça ne sert à rien, diront certains, mais il y a plein d’autres choses qui ne servent à rien et qui sont moins plaisantes. Cependant, il ne m’a pas fallu trois jours pour réaliser que comme la plupart des groupes sur les réseaux sociaux dont je trouve l’idée bonne, c’est l’idée du groupe qui me fait frémir.




J’ai compris après coup que j’étais arrivée comme un cheveu sur la soupe avec ma gentille publication car je n’avais pas suivi la petite morale de quelques bien-pensants qui s’offusquaient des compositions ayant lien avec la nourriture et ses dérives en confinement. Parce que quand même, il y a des gens qui sont obèses et puis c’est pas de leur faute et il ne faut pas se moquer des gros. Ensuite, il y a eu tout le débat sur le féminisme. Avec des extrêmes des deux côtés.

Quant à moi, la goutte d’eau qui a mis le feu au poudre, c’est la censure par les administrateurs d’une composition qui m’avait fait sourire. Comme la photographie a disparu, je ne me souviens pas du texte mais cela avait trait au début de la pandémie et cela se terminait avec un truc du style: la faute à qui? et Le Chinois d’Henning Mankell en conclusion. La pauvre dame qui a publié cela a reçu une avalanche d’insultes comme quoi elle était d’un racisme crasse et qu’elle stigmatisait ainsi toute une partie d’une population. J’ai hésité à publier ceci:



mais ensuite je me suis dit que j’avais d’autres choses à faire que de répondre à des commentaires aigris de gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, comme dirait mon copain Arman. Il est donc encore de ma liberté individuelle de quitter le groupe et de garder l’idée pour jouer toute seule de temps en temps mais je trouve tout de même bien dommage que cette mouvance de moralisateurs coincés et tristes à pleurer aille jusqu’à polluer des activités qui se voulaient seulement légères, un peu drôles et poétiques.




Dans la série Josiane découvre la nature mais ne parvient pas à appuyer sur le bouton, j’ai une fois de plus raté un magnifique plan d’Eva dans lequel elle m’observe un moment avant de gambader en sautillant entre les châtaigniers. Elle et moi, on commence à se connaître, elle ne m’aboie même plus. Je n’étais tout de même pas suffisamment près pour vérifier si son toupet est érectile, comme me l’a expliqué mon ami Philippe. Juste avant de me préciser en hurlant de rire la différence entre un cerf et un chevreuil. Que voulez-vous, on ne peut pas être bon partout, comme ne le dirait pas mon copain Arman. Chez moi, tout ce qui bêle ou brame a toujours été mélangé et c’est trop tard pour y remettre de l’ordre. Bref, à la place d’une fantastique scène champêtre je me retrouve avec un gros plan sur mon jeans râpé et encore une fois, vous vous direz que j’affabule.Tout comme vous ne me croirez jamais si je vous raconte que jeudi, un hélicoptère s’est perdu au-dessus du hameau. Pas celui des douaniers qui me cherchent, un autre. Il avait un filin et devait certainement aller prendre livraison d’une coupe de bois en forêt mais manifestement il avait perdu l’adresse, c’est ballot. Il s’est posé un moment dans le champ derrière chez nous en frôlant notre toit au passage, j’ai à peine eu peur parce que dans l’état où il est cela m’aurait arrangée qu’il nous l’éventre. Et en cas de litige, pas de lézard, j’ai tout filmé.

Cependant, pas d’hélico fou dans mes images, par trois fois j’ai bédé. Avec le nombre de plans vacillants du sol qui se finissent ensuite dans ma poche arrière droite, je me demande bien ce que je vais pouvoir bricoler. J’ai fait par contre une découverte surprenante et cette vidéo-là je ne l’ai pas ratée. Lorsque je me suis approchée de l’étang, toutes les grenouilles ont sauté à l’eau, sauf les deux qui forniquaient et qui ont continué leur petite affaire avec un air de ne pas y toucher. A la fin de ma prise de vue, je me suis excusée du dérangement mais ça les a laissés de marbre.




En ce qui concerne les artisans du bâtiment, j’ai appris que le début de la semaine selon mon charpentier, c’était le mercredi. Je vous le prouve. A la fin de la conversation téléphonique, maintenant je reformule, pour être sûre:

- Donc, vous me rappelez en début de semaine prochaine?

- Oui, oui. Mercredi.

Etant donné que c’est celui qui pose avec un énorme verre de vin sur son profil Facebook et avec un jéroboam sur WhatsApp, j’en déduis qu’il a besoin de deux jours pour se remettre de ses week-ends, il en faudrait à moins.

Quant à l’ébéniste qui doit me faire une porte depuis avant Noël, il avait une excuse tellement hallucinante pour m’expliquer sa disparition de la circulation que je crois que même dans mes plus belles années d’enseignement j’en ai pas entendu d’aussi énorme. Alors, sa fille qui est en scolarisée dans le privé, elle a dû prendre son téléphone pour faire l’école à la maison. Et voilà qu’il pouvait plus répondre à ses mails ou à ses appels avant tard le soir, le pauvre chéri.

Donc, on a réussi à s’entourer d’une belle équipe de bras cassés et de babas cool sur le retour qui parviennent à nous sortir de grandes théories sur ce qu’il faut faire et ne pas faire mais qui disparaissent dès qu’il faut passer à l’action. J’en conclus que ce n’est pas eux non plus qui vont changer le monde.


Spéciale entrepreneurs

Allez, peace and love, faites l’amour comme les grenouilles et pas la guerre, je suis en plein dans le moove si vous l’avez bien remarqué, je n’ai même pas parlé de politique.

Il ne me reste plus qu’à vous donner des nouvelles des animaux plus ou moins domestiqués qui font notre joie quotidienne.



Ça ne dure jamais longtemps.

C'est plus simple avec le Boulet.

Quant au Chou-Chaï, elle a perdu son mulot dans nos toilettes extérieures certifiées 1923. Ma tante a failli s'étouffer de rire lorsqu'étant venue nous emprunter une échelle, elle a vu le couvercle se soulever pour laisser apparaître un museau mâchuré de toiles d'araignées d'époque.






Signé : Josiane

Je pense que Philippe appréciera.

Là, c'est Gilles qui a apprécié.

Et comme le rire est bon pour la santé, autre phrase culte d’un autre Homo Helveticus, je suis fort heureusement tombée hier soir en zappant sur quelques pitreries des Inconnus suivies des meilleurs moments de Nulle Part Ailleurs avec mes chouchous De Caunes, Gildas et Garcia. Une époque bénie de mes dieux où la bien-pensance liberticide n’en était encore même pas à l’état de foetus.